Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris présente jusqu’au 21 août prochain la première monographie de l’artiste allemande Paula Modersohn-Becker en France. A l’orée du XXe siècle, Paula Modersohn-Becker, avec sa peinture âpre et singulière, est considérée comme l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste allemand.

Paula Modersohn-Becker (1876-1907) « voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. (Elle préférait) apprendre à exprimer la délicate vibration des choses, le frémissement en soi (1). »

Elle vécut un temps à Worpswede, un petit village situé au nord de Brême, dans une communauté d’artistes qui prônaient un retour à la nature et aux valeurs simples de la paysannerie. Elle y fit la connaissance du poète Rainer Maria Rilke, ainsi que d’un peintre paysagiste, Otto Modersohn, qu’elle épousa en 1901. La jeune femme avait rejoint la communauté pour parfaire ses études de dessin, mais la nature ne l’intéressait pas vraiment. Elle ressentait un besoin d’indépendance qui lui était vital.

Paris coïncidait alors avec l’espace de liberté qu’elle portait en elle ; ce fut la ville où elle put avoir un petit atelier bien à elle – une « chambre à soi » pour créer, selon les termes de Virginia Woolf dans son ouvrage de 1929. Elle s’y confronta aux toiles de Cézanne, Gauguin ou Picasso. Entre son premier séjour fondateur à Paris en 1900 et sa mort, sept ans plus tard, la capitale française constitua son seul point d’ancrage artistique. Elle y séjourna quatre fois, abandonnant mari et famille pour de longues périodes, souvent tentée de ne pas rentrer.

Dans sa peinture, Paula Modersohn-Becker dépassera les sujets traditionnels du portait, du nu, de la nature morte, dans une esthétique personnelle éminemment novatrice et audacieuse : ses portraits sensibles et étrangement statiques sont affranchis de tout accessoire narratif et se caractérisent par une beauté frugale, une force d’expression dans la couleur, une étonnante capacité à saisir l’essence même des modèles. Dans ses autoportraits, elle s’affirmera en tant que femme en se peignant dans l’intimité, nue sans aucune complaisance, toujours à la recherche de son for intérieur. Elle posera ainsi une différence féminine, une différence de sexualité, de perception du corps, d’expérience et de langage rompant avec la représentation idéalisée et érotisée de la femme.

Selon Rainer Maria Rilke, P. M.-B. « peint sans égards » ; cela signifie bien qu’elle a trouvé ce qu’elle cherchait : ne jamais faire de concession. Sa peinture exigeante a suivi ses seules intuitions au prix d’un travail solitaire éprouvant. Après sa mort, on retrouvera dans son atelier 750 tableaux et plus de 1000 dessins, le tout en moins de huit ans de carrière. Rainer Maria Rilke, terriblement affecté par la disparition de la jeune femme, écrira en 1908, un an après son décès, le Requiem pour une amie.

« Je ne veux pas être à moitié, je veux être entière », écrivait Paula, alors âgée de 24 ans, dans une lettre adressée à son futur époux. De cette courte existence, il nous faut retenir la lutte de cette femme parmi les hommes et les artistes de son temps, son combat pour trouver sa place de peintre et de femme, son désir d’expression et d’indépendance sur lesquels elle insistait particulièrement, et une œuvre engagée.

(1)  Marie Darrieussecq, Être ici est une splendeur – Vie de Paula M. Becker, Paris, P.O.L., 2016

Paula Modersohn-Becker
Musée d’Art moderne 
Paris
Jusqu’au 21 août
http://www.mam.paris.fr/

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, Nature morte au bocal de poissons rouges, mai-juin 1906, Von der Heydt-Museum, Wuppertal, (c) Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, Autoportrait sur fond vert avec des iris bleus, vers 1905, Kunsthalle Bremen-Der Kunstverein in Bremen, Brême, (c) Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, Jeune fille tenant des fleurs jaunes dans un verre, 1902, Kunsthalle Bremen-Der Kunstverein in Bremen, Brême, (c) Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, Jeune fille au poids d’horloge, 1900, Kunsthalle Bremen-Der Kunstverein in Bremen, Brême, (c) Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, Lune au-dessus d’un paysage, vers 1900, Kunsthalle Bremen-Der Kunstverein in Bremen, Brême, (c) Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, Autoportrait au sixième anniversaire de mariage, Museen Böttcherstrasse, Paula Modersohn-Becker Museum, Brême, (c) Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, Jeune fille jouant de la flûte dans la forêt de bouleaux, 1905, Museen Böttcherstrasse, Paula Modersohn-Becker Museum, Brême, (c) Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, Chat tenu par un enfant, vers 1903, Kunsthalle Bremen-Der Kunstverein in Bremen, Brême, (c) Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême

 

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