La Fondation Beyeler à Bâle présente une exposition originale réunissant des œuvres d’Alexander Calder et des Suisses Fischli / Weiss. Une association subtile autour de l’équilibre et des constellations improbables. 

Fils d’un sculpteur qui réalisa d’importants monuments à Philadelphie, Alexander Calder grandit dans une atmosphère artistique. À 11 ans, il réalise des découpages d’animaux mobiles, sans pour autant songer à dessiner une carrière sur les traces paternelles. Il entreprend des études d’ingénieur en construction mécanique, une formation qui sera déterminante dans ses recherches autour de la gravitation. Ses divers emplois comme ingénieur et dessinateur technique ne parviennent pas à l’éloigner définitivement de sa première passion : Calder a 25 ans lorsqu’il rejoint l’Art Student League à New York.

Dans cette métropole frénétique, il observe le ballet de la vie urbaine, ses manifestations sportives, ses zoos, ses cirques. Impressionné par le dispositif technique indispensable au bon déroulement d’une représentation, Calder élabore son Cirque, œuvre d’art progressive et complexe qui lui prendra cinq ans et qui est en quelque sorte un laboratoire autour de l’équilibre. La maîtrise des corps et la coordination des mouvements qui ont une importance vitale dans le cirque ont été déterminantes pour le sculpteur. Pour lui, la capture du mouvement et des forces qui en sont à l’origine sont la clé de la représentation de la réalité et de la vie. Il donne des représentations avec ce cirque qui tient dans une malle de voyage et est dès lors précurseur des performances et de l’interdisciplinarité entre les arts.

Lorsque Calder s’installe à Paris, il fait une rencontre déterminante avec Mondrian et comprend que le mouvement peut être rendu autrement. Il rejoint le groupe d’artistes Abstraction-Création. Les sculptures de fil de fer figuratives, superbes dessins dans l’espace, amènent peu à peu, grâce à l’expérience de l’abstrait chez Mondrian, à ce que Duchamp propose en 1932 de baptiser Mobiles. Mobile comme quelque chose qui bouge, opposé aux Stabiles, mais aussi sous le sens de motivation. Mobile du crime ? Non, mobile de penser ! Le philosophe Jean-Paul Sartre a d’ailleurs consacré un texte sur les Mobiles de Calder. Se promener entre ces mobiles se balançant ensemble et indépendamment au gré du souffle ambiant est une expérience jouissive que nous offre l’exposition. Elle est aussi matière à réflexion.

Instabilité équilibrée

Hasard et contrôle, équilibre et chute, technique et esthétique, ces notions sont exploitées en permanence par l’artiste. C’est autour d’elles que se rejoignent Calder et les artistes Peter Fischli et David Weiss. Attente, tension et action sous-tendent les œuvres des artistes entre le XXe et le XXIe siècle. La Fondation Beyeler convoque dès l’entrée dans l’exposition l’ours et le rat (Rat et ours endormis), duo comique à la façon de Laurel et Hardy. La vision de ces deux peluches paisiblement assoupies sous un mobile de Calder installe d’emblée cette tension entre sérénité et incertitude. Dès les années 1980, Peter Fischli et David Weiss ont assemblé des outils et objets d’usage courant pour créer des constellations complexes résistant de façon fortuite en équilibre et photographiées avant un possible écroulement. Fragilité, temporalité, humour et détachement sont prégnantes dans les œuvres qui nous sont données à voir.

Évoluant dans le cercle de la scène punk et alternative de Zurich fin des années 1970, Fischli / Weiss travaille autour de l’incompatibilité a priori et de l’équilibre fortuit qui peut être créé. Nous nous risquons un peu en disant que cela titille notre envie d’assimiler cela à une ouverture d’esprit qui manque cruellement à notre époque. Ces recherches autour d’une incompatibilité a priori et d’un équilibre improbable et magnifique dépassent la sphère artistique et pourraient être politiques. La mouvance actuelle autour de la pratique du yoga, philosophie autour des postures acquises dans un mélange subtil de discipline et de détachement, n’est pas sans lien avec la sagesse que nous inspirent les mobiles de Calder. Politique ? Calder exposa au côté du Guernica de Picasso en opposition au franquisme. Nous pensons que les questions de Fischli / Weiss ayant le sérieux des interrogations enfantines et la profondeur des idées sociétales visent aussi à nous faire réfléchir.

Alexander Calder & Fischli / Weiss
Fondation Beyeler
Bâle
Suisse
Jusqu’au 4 septembre
www.fondationbeyeler.ch

Calder et Fischli Weiss

Fischli / Weiss, Ratte und Bär (schlafend) (Rat et ours endormis), 2008, (c) Peter Fischli / David Weiss, photo Fischli / Weiss Archiv, Zürich

Calder et Fischli Weiss

Fischli / Weiss, Die gesetzlosen (Les hors-la-loi), 1984, (c) Peter Fischli / David Weiss, photo Fischli/Weiss Archiv, Zürich

Calder et Fischli Weiss

Alexander Calder, The S-Shaped Vine, 1929, (c) 2016 Calder Foundation, New York / ProLitteris, Zurich

Calder et Fischli Weiss

Calder, The Brass Family, 1929, (c) 2016, Calder Foundation, New York / ProLitteris, Zurich

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