Le CID – Centre d’Innovation et de Design du Grand Hornu – offre au designer hollandais Aldo Bakker un moment de Pause le temps d’une exposition au titre éponyme. C’est la première grande rétrospective consacrée à ce créateur de la nouvelle génération et à son processus créatif né du regard nouveau qu’il porte sur le monde. Mise en scène d’un travail qui nous parle de formes, de pauses, d’arrêts, de lenteur, de gestuelle et d’une indispensable contemplation.

Aldo Bakker est né dans la culture artisanale de ses parents, les créateurs de bijoux d’avant-garde Emmy van Leersum et Gijs Bakker. Sa carrière, il la doit essentiellement à sa détermination. Après quelques tentatives académiques infructueuses, c’est comme apprenti dans l’atelier d’orfèvrerie du Néerlandais Willem Noyons qu’il débute. Cet apprentissage en rupture avec les circuits artistiques traditionnels l’amène à travailler directement avec des artisans, des menuisiers, des orfèvres et maîtres laqueurs. Ainsi naît sa passion, dans la paix et le calme d’un atelier pour lequel il travaille pendant huit ans avant de s’installer à son propre compte en 1999, emportant avec lui ce lien sensoriel à la matière et cette précision méticuleuse qu’il déploie dans la conception et la construction de ses créations.

Aldo Bakker, au premier regard, ce sont ces formes archétypales, presque familières, qui questionnent notre imagination, nos connaissances et nos sens. Souvent fabriquées à partir d’une seule matière, elles semblent organiques, leur fonctionnalité réduite à dramatisation d’un geste fondamental : contenir, verser, soutenir, ouvrir, prendre en main au-delà de toute volonté ergonomique. Et ce n’est qu’en s’attardant qu’on en perçoit la remarquable sophistication. Dans la recherche méticuleuse, presque rituelle, apportée au développement technique, Aldo Bakker compose des pièces à la présence sculpturale, ne laissant aucune place au hasard. A chaque objet, son propre questionnement. Ces formes parfois extravagantes se construisent dans la lenteur des mois et des années à la recherche des artisans qui leur donneront vie. Ainsi éprises de leur singularité raffinée, elles se livrent, en quête de sens et de fonction.

Adepte de la production en petite quantité, Bakker compose une gamme éclectique d’objets patiemment et passionnellement ouvragés, où un soin particulier est apporté à chaque détail. Ainsi, les pièces d’Aldo Bakker prennent la pause dans cette exposition – à la scénographie signée par Bakker et son équipe – tels les éléments organiques d’un tableau, chacun rayonnant de sa propre autonomie.

Essences géométriques

Célébré par la critique, ce designer traite du design tel un mode d’expression qui s’épanouit davantage dans la qualité formelle et narrative que dans sa capacité à remplir une fonction. Il souligne, façonne et célèbre les nuances, la virtuosité, l’éloquence et la sensorialité des matériaux, refusant explicitement que fonctionnalité, esthétique et aspect novateur ne viennent en dominer le sens et la forme. Dans un jeu de construction et de reconstruction, le designer combine idées de formes, de volumes et de multiples signifiants.

Mais, comment donner un sens insaisissable à un objet, tout en refusant l’affectation figée ? Chez Bakker, cette quête est à trouver dans des notions plus abstraites comme le rapport entre le vide et le plein, la présence et l’absence. Ainsi, en posant des limites, le designer dessine de nouveaux espaces où le vide initial prend alors forme pour pouvoir être occupé ou rempli.

L’objet humanisé

Et c’est finalement le spectateur, en devenant utilisateur qui, par son toucher, complètera le processus créatif d’Aldo Bakker et finalisera l’objet en lui ajoutant l’acte physique de la prise en main, le réinterrogeant plusieurs fois en tentant d’en appréhender le sens et la fonction. A cela s’ajoute la grande importance accordée au mouvement et à l’immobilité dont on fait l’expérience en manipulant les objets. Pour l’usager habitué à l’utilité d’un design à son service, friser l’inutilité ou l’inconfort peut décontenancer. Mais cette distance et cette interrogation à l’objet sont essentielles dans la quête de sens voulue par le créateur. Après l’hésitation, et le statut imprécis de ses créations, vient le temps du contact qui voit l’utilisateur séduit par ces formes curieuses, la sensualité des matériaux naturels employés et l’appréhension de leur altération ou de leur destruction.

L’exposition Aldo Bakker, Pause illustre la richesse de l’expression formelle abstraite en design et la sublime et subtile maîtrise de ce designer qui allie finesse et précision absolue de l’exécution. Ainsi rassemblés pour une première fois dans un même espace, des dizaines d’objets respirent à l’unisson et vibrent en harmonie par-delà leur histoire propre dans cette composition contextuelle qui les laisse s’exprimer. Il vous faudra vous arrêter, prendre le temps et lutter contre cette irrésistible envie de les prendre en main, de les toucher. Il est peut-être là le grand paradoxe de cette exposition, cette inaccessibilité d’objets qui ne trouvent par ailleurs leur vie que par le contact physique. Soutenant l’idée novatrice d’un design où l’usage définit la manière d’utiliser, le designer Aldo Bakker confronte l’utilisateur à de nouvelles expériences et aux sensations rares d’un objet qui s’appréhende par apprivoisement et jeux de résistances.

Aldo Bakker, Pause
Grand Hornu/CID
82 rue Saint-Louise
7301 Hornu
Jusqu’au 14 août 
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.cid-grand-hornu.be

aldo bakker

Aldo Bakker, Pivot, 2014, courtesy Karakter, (c) Aldo Bakker, (c) photo Erik et Petra Hesmerg

aldo bakker

Aldo Bakker, Object, 2015, courtesy Gallery Vivid, (c) Aldo Bakker, (c) photo Erik et Petra Hesmerg

aldo bakker

Aldo Bakker, Pitcher, 2014, courtesy Georg Jensen, (c) Aldo Bakker, (c) photo Erik et Petra Hesmerg

aldo bakker

Aldo Bakker, Swing, 2014, courtesy Karakter, (c) Aldo Bakker, (c) photo Erik et Petra Hesmerg

aldo bakker

Aldo Bakker, Pot, 2015, (c) Aldo Bakker, (c) photo Erik et Petra Hesmerg

aldo bakker

Aldo Bakker, Bronze Tonus, 2014, courtesy Particles Gallery, (c) Aldo Bakker, (c) photo Erik et Petra Hesmerg

aldo bakker

Aldo Bakker, AlinetoB, Sèvres 2014, (c) Aldo Bakker, (c) photo Erik et Petra Hesmerg

aldo bakker

Portrait Aldo Bakker, (c) Aldo Bakker, (c) photo Erik & Petra Hesmerg

aldo bakker

Aldo Bakker, The Three Pair, 2013, (c) Aldo Bakker, (c) photo Eric Mabille

aldo bakker

Aldo Bakker, Anura, 2013, (c) Aldo Bakker, (c) photo Eric Mabille

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.