Cet été, Bruxelles sera photographique avec la 6e édition de la biennale Summer of Photography. Depuis 2006, sous l’impulsion du Palais des Beaux-Arts, de nombreux partenaires se réunissent autour d’un même thème afin de mettre sous les projecteurs la photographie internationale, hissant cet événement parmi les grands rendez-vous mondiaux autour de ce médium.

On se souvient de l’édition 2014 autour des questions de genre, et notamment de la force de l’exposition Woman, The Feminist Avant-garde of the 1970s, avec la collection de la société autrichienne d’électricité Sammlung Verbund. Collaboration renouvelée cette année autour du nouveau thème générique de cette biennale : Urban Vibes. Comment vivons-nous aujourd’hui l’espace urbain réel et virtuel et quel rôle l’espace public joue-t-il ? Et des vibrations urbaines, il en est bien question avec cette programmation qui s’étend également extra-muros dans les lieux partenaires dispersés dans Bruxelles. Au-delà de l’art pour l’art, cette biennale est aussi un espace collectif de débats, de discussions et d’ateliers.

A Bozar, deux expositions phares

Open Spaces, secret Places : des lieux publics, des lieux pudiques, secrets, intimes captés sur photo. La directrice de la Collection Sammlung Verbund, Gabriele Schor, a sélectionné un ensemble de travaux photographiques des années 1970 à nos jours présentant des évocations personnelles de 27 artistes, miroir à deux faces qui nous donne à voir ce qui est public et ce qui ne l’est pas, tant la frontière qui les sépare est ténue. Le spectateur se les appropriera du regard en parcourant cette exposition construite autour de quatre axes.

Les Lieux historiques en mutation dont les métamorphoses, la mémoire et l’identité décomposée se retrouvent ici documentées. Des Espaces psychologiques qui nous confrontent à nos peurs, nos urgences, nos aspirations personnelles ; des lieux en marge qui nous invitent à l’intérieur tout en nous en refusant l’accès, ainsi condamnés à en faire le tour, comme dans cette installation d’Ernesto Neto. Des Territoires entre-deux qui excluent toute présence humaine et s’attachent à la déconstruction de l’aura des espaces institutionnels, par l’évocation du backstage, de la lutte entre espaces et de, comme le disait Jeff Wall, « l’utilisation non-officielle des lieux », celle qui se vit hors des sentiers battus. Et finalement les Espaces créés par des interventions d’artistes ; de l’anarchitecture de Matta Clark à la structure évidée et délicate de Sandback. Autant de visions, de narrations de l’espace, des espaces qui bousculent nos repères et nous éveillent à un autre regard.

Dey your Lane – Lagos variations nous plonge dans la vie urbaine surpeuplée et trépidante de la capitale économique du Nigeria. Lagos, des lacs, mais surtout des îles faites péninsules en bordure d’Atlantique, une mégalopole de plus de 21 millions d’habitants qui dévorent tout sur leur passage, où l’Afrique se presse en vue de décrocher un emploi, un rôle dans un film… Richesses pétrolières et croissance y riment avec les affres de cette évolution exponentielle. Cité Babel fascinante et agitée qui abrite une créativité contemporaine fertile, celle de son industrie florissante de la musique, de la mode et du cinéma. « Dey your lane », mêle-toi de tes affaires, des millions d’individualités y organisent leur aventure quotidienne dans ce laboratoire urbain chaotique, multiforme et défaillant sous le regard de 24 photographes africains et internationaux.

Une exposition construite autour du quotidien et au travers des portraits de personnes sur lesquelles planent cette expression de solitude et d’isolement, les évocations d’une ville intangible et diversifiée, et l’intimité des récits, des rêves et des aspirations des habitants. Un espace public cacophonique, où l’individualisme obstiné supplante la solidarité, où l’individu conquérant, audacieux et seul se sape de codes vestimentaires, de style et d’attitude pour revendiquer sa singularité dans cet eldorado en devenir. Lagos est l’image universelle de toute mégalopole à la surface du globe.

Autres expositions au Palais des Beaux-Arts

James Casebere avec une exposition solo – After Scale Model Dwelling in the Work of James Casebere – autour de la maison, des intérieurs qu’il reproduit en maquettes, à l’échelle, dans l’unique but de les photographier par la suite. Fascinant travail de ce photographe américain qui nous livre sur grands formats ses visions architecturales presque archétypales sans vie humaine, où se joue la double lecture de l’espace protecteur et menaçant.

Colin Delfosse, avec Gbadolite, Versailles in the jungle, revient sur les ruines d’une utopie et les millions dépensés par le président Mobutu dans une débauche de luxe ostentatoire et une veine tentative de transformer son village natal en une parodie de ville, qui demeura inachevée à la mort du dictateur. Il expose par ailleurs au Brass, à Forest. Vincent Beeckman et son gang de chasseurs d’images ont sillonné Bruxelles et se sont penchés sur la faune et la flore urbaines de lieux souvent inattendus et des quartiers délaissés. Eva Frapiccini propose une série de clichés photographiques qui captent les traces de ce moment où les places publiques, lieux d’affirmation des pouvoirs, sont réinvesties par les citoyens et leurs revendications sociales et politiques. Golden Jail/Discovering Subjection, ce sont des impressions photographiques superposées sur d’autres images, métaphore de l’instinct de survie de ces pouvoirs menacés dans leur existence.

Sur le toit de Bozar, le Goethe-Institut Brüssel, la European Cultural Foundation et l’Institut culturel italien de Bruxelles présentent une installation de Thomas Kilpper, A Lighthouse for Lampedusa. Haut de 7 mètres, ce phare symbolique – construit d’objets récupérés sur les plages, marques du passage des réfugiés – nous rappelle que pour beaucoup, la recherche d’un autre territoire, un autre espace, un autre lieu tient de l’élan de survie.

Dans Bruxelles

Au Botanique, le photographe de l’agence Magnum Alex Webb questionne la notion de frontières au fil de ses reportages. Nous en reparlerons. Au Jacques Frank, Vincent Peal s’intéresse à la manière dont les gens s’approprient la rue et vivent leur urbanité. Des instantanés entre sourire et crudité trashs. A Bruxelles, en Europe ou dans le reste du monde, il ballade son objectif sur nos habitudes singulières, atypiques ou en marge. A la Galerie Contretype, Kim Zwarts, dans sa série Palais, évoque la création de compositions photographiques multiples dans un endroit unique, en l’occurrence le Palais de Justice de Bruxelles. Sarah Lowie, quant à elle, capture les liens et les lois du clan, celui d’un groupe de jeunes rappeurs, partenaires de vie et des galères dans des portraits cash et sans complaisance.

Vous les croisez chaque jour sans les voir. Vincent Beeckman distribue des appareils photo jetables à des personnes qui vivent dans la rue. Ils ont un prénom – Antony, BB, Shérif, Claudia, papa Jan, Julien, Fabian – ceux qui ont capturé ces instants de leur quotidien. Au Musée Art & Marges jusqu’au 18 septembre. Sans oublier Cities and (Velo)cities, à De Markten : espace de mouvement urbain, de passage que nous façonnons, la cité rythme nos vies. Artistes polonais et hongrois, auteurs tchèques et slovaques confrontent leur perception de l’espace urbain et de son devenir.

Summer of Photography
Palais des Beaux-Arts
23 rue Ravenstein 
1000 Bruxelles
Jusqu’au 4 septembre
www.summerofphotography.be

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Gordon Matta Clark, Splitting, Exterior, 1974, (c) SABAM, 2015, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy Jane Crawford

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Louise Lawler, Bulbs, 2005 – 2006, (c) Louise Lawler, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy the artist and Metro Pictures, New York

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Bernd et Hilla Becher, Asphalter, Recklinghausen, 1978, (c) Bernd and Hilla Becher, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy the artists and Sonnabend Gallery, New York

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Teresa Hubbard and Alexander Birchler, Arsenal, Woman at Entrance, 2000, (c) Teresa Hubbard and Alexander Birchler, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy Teresa Hubbard and Alexander Birchler Studio, Austin, Texas

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Joachim Koester, The Kant Walks, 2003 – 2004, (c) Joachim Koester, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy the artist and Metro Pictures, New York

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Tom Burr, Split, 2005, (c) Tom Burr, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy the artist and Galerie Neu, Berlin

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Thomas Kilpper, A Lighthouse for Lampedusa, 2016, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, (c) Thomas Kilpper, (c) BE Culture

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James Caserebe, turning Hallway, 2003, (c) James Caserebe, courtesy James Caserebe and Galerie Daniel Templon, Brussels and Paris

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Ikiré Jones, New Makoko Village 2081, from the series Lagos Nigeria 2081, (c) Ikiré Jones

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David Uzochukwu, from the series A Familiar Run, 2015, (c) David Uzochukwu

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Hans Wilschut, The Non City in the Mega City, 2013, (c) LagosPhoto

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Cristina de Middel, Sodomo, 2015, from the series This is What Hatred Did, (c) Cristina de Middel

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Adolphus Opara, Rugball, 2006-2009, (c) Adolphus Opara

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Adeola Olagunju, Time Bomb, 2014, from the series Resurgence A manifesto, (c) LagosPhoto 2013

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Lakin Ogunbanwo, Lakin Ogunbanwo, from the series The Human Condition, 2013, (c) LagosPhoto

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David Wojnarowicz, Arthur Rimbaud in New York, 1978 – 1979 / 2004, (c) Estate of David Wojnarowicz, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy Estate of P.P.O.W Gallery, New York and Cabinet Gallery, London

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Jeff Wall, Boys Cutting Through a Hedge, 2003, (c) Jeff Wall, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy Jeff Wall Studio, Vancouver and Marian Goodman Gallery, New York, Paris

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Fred Sandback, Untitled First Construction, 1978, proportionale installation, (c) Estate of Fred Sandback, The Sammlung Verbund Collection, Vienna, courtesy Estate of Fred Sandback and Galerie Hubert Winter, Vienna, (c) photo Thomas Cugini, (c) Kunstmuseum Liechtenstein, Vaduz

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