D’immenses personnages sur fond sombre envahissent les grands cartons peints qu’Omar Ba présente à la galerie Templon. Têtes d’animaux, costumes bariolés, fières statures, ils siègent là, nous toisent du regard, ils irradient. Faites attention ! Prêtez attention !

Réalisées sur du carton ondulé, les peintures d’Omar Ba parlent du postcolonialisme, du pouvoir, de l’exploitation de l’Afrique. Pourtant, c’est le dialogue qui intéresse cet artiste sénégalais né en 1977 à Dakar. Occupé tout d’abord par la peinture abstraite, il se rend compte en arrivant à Genève en 2003 que ses peintures ne sont pas comprises. Qu’elles ne génèrent pas un dialogue entre le spectateur et lui. Ba commence alors à mixer abstrait et figuratif. Pour arriver aujourd’hui à ces personnages richement vêtus, construits de l’hybridation de sa culture de naissance et de celle dans laquelle il vit aujourd’hui. « Je m’inspire de ce que je vois autour de moi, nous expliquait-il. Il y a de l’animalité en nous. Mais j’aime aussi la narration, le conte. »

Les peintures ont comme titre commun Plateforme de la confiance. Sous cette appellation qu’il faut comprendre de manière ironique, Omar Ba décline des thèmes comme le pillage à huis clos de l’Afrique, les accords sur la pêche avec la Chine – qui vident les océans et empêchent les pêcheurs sénégalais de vivre – ou la cour pénale internationale qui juge surtout les Africains… « Les personnages mi-hommes mi-animaux jouent avec leur pouvoir. Le pouvoir, c’est une manière d’être en relation entre celui qui a le pouvoir et celui qui ne l’a pas », ajoutait-il.

Rouges vifs, blancs et or, bleus glacés sur fond noir, la palette de l’artiste se déploie en une texture soyeuse et mate, acrylique, huile, crayon sur carton. Coulures. Ondulations. Plumes et fourrure… Symboles et formes récurrents : plume, feuille, billes, micros, poissons, flots blancs sont issus de la culture africaine. La richesse des costumes, aussi. Ce goût de la sape, du look. Faisant le pont avec Genève, où il vit, l’artiste invente un carnaval de personnages baroques et inquiétants, fiers et puissants. Sur le mur du fond de la galerie, une composition sur boîtes de carton crée un mur complet. Les boîtes vides symbolisant les archives oubliées, celles des tirailleurs sénégalais.

Omar Ba a étudié aux Beaux-Arts de Dakar puis de Genève, où il vit depuis 2003. Il a participé à de nombreuses expositions internationales, dont la Biennale de Dakar en 2014. Le Swiss Art Prize lui a été décerné en 2011. C’est son premier solo à la galerie Templon, qui le représente aujourd’hui. Une découverte jubilatoire !

Omar Ba
Eclosion
Galerie Daniel Templon
13 A rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu’au 23 juillet
Du mardi au samedi de 11h à 18h
http://www.danieltemplon.com/

Omar BA, Plateforme Plateforme de la confiance - richessepillage à huis clos 2, 2016, huile, encre de chine, acrylique, crayons sur carton ondulé, courtesy l'artiste et galerie Daniel Templon, Paris et Bruxelles

Omar Ba, Plateforme de la confiance – richesse pillage à huis clos 2, 2016, huile, encre de chine, acrylique, crayons sur carton ondulé, courtesy l’artiste et galerie Daniel Templon, Paris et Bruxelles

Omar Ba

Omar Ba, The last speech, 2016, huile, encre de chine, acrylique, crayons sur carton ondulé, courtesy l’artiste et galerie Daniel Templon, Paris et Bruxelles

Omar Ba

Omar Ba, Plateforme de la Paix, 2016, huile, encre de chine, acrylique, crayons sur carton ondulé, courtesy l’artiste et galerie Daniel Templon, Paris et Bruxelles

Omar Ba

Omar Ba, installation view of Eclosion, Galerie Daniel Templon, Bruxelles, photo Isabelle Arthuis, courtesy Galerie Daniel Templon, (c) Galerie Daniel Templon et l’artiste

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