Le Louvre-Lens aborde enfin la peinture française du XVIIe siècle avec le grand peintre de cour de Louis XIV, Charles Le Brun (Paris, 1619-1690). L’œuvre de Rubens et sa remarquable carrière internationale y a déjà été exposée. Charles Le Brun marche un peu dans les traces de Rubens mais il ne travaille que pour une seule élite, celle qui entoure Louis XIV. L’essentiel de son œuvre reste ainsi concentré dans les lieux de pouvoir de cette élite, comme le château de Vaux-le-Vicomte, le Louvre et d’autres résidences à Paris et Versailles.

Le Brun naît dans une famille d’artistes et est remarqué par le chancelier Séguier, qui le protège. Il peut ainsi placer un tableau mythologique dans le palais parisien du cardinal de Richelieu. Belle référence. Sur le conseil de Séguier, il part à Rome en compagnie de Nicolas Poussin et y reste trois ans. Il y copie des antiquités et les grands maîtres italiens.

Revenu en France, il dirige la décoration du château de Vaux-le-Vicomte pour le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet. Le château a heureusement survécu à la brutale disgrâce de ce surintendant. Et n’a pas brisé la carrière du peintre. Il est même anobli en 1662 – Rubens avait le rang d’ambassadeur des Habsbourg et Van Dyck avait reçu le titre de Lord à Londres – et devient premier peintre du roi et directeur de la Manufacture des Gobelins.

Le Brun dirige désormais les grands chantiers de Louis XIV : le Louvre, les Tuileries, Saint-Germain-en-Laye, Versailles, Sceaux et Marly. Son rôle à Versailles est bien représenté ici par une série d’esquisses peintes (dont une Prise de Gand par Louis XIV). Notez aussi les magnifiques dessins d’anges, grandeur nature, pour les décorations. Et des projets de mobilier (tables en pietra dura), de cadres, etc. A se demander comment cet homme, couvert de multiples responsabilités, a trouvé le temps de s’occuper de tant de projets tellement différents. Il était bien payé pour le faire. Le Brun était en effet à cette époque l’artiste le plus riche de France.

Le Brun connut une certaine disgrâce quand le marquis de Louvois devint surintendant des Bâtiments, après la mort de Colbert en 1683. Il garda ses titres mais fut écarté des grands chantiers royaux. Il continua à peindre pour un client unique, Louis XIV. Ce sont des tableaux de format modeste, souvent d’inspiration religieuse, riches en couleurs et teintés d’émotion, qui constituent la dernière partie de l’exposition, la plus personnelle de l’ensemble. Quand Le Brun mourut en 1690, à Paris et sans descendance, le marquis de Louvois fit saisir dans l’atelier, pour la collection royale, tous les dessins et certains tableaux (sans cependant toucher à la fortune du peintre). Cela explique la présence de tant d’œuvres au Louvre.

Il est intéressant d’avoir à l’esprit l’œuvre de Rubens quand on découvre Le Brun. Car ces deux grands peintres travaillaient pour une élite. La clientèle de Rubens était bien plus large et internationale, alors que celle de Le Brun était peut-être plus fidèle et traditionnelle, la concurrence étrangère étant quasi inexistante à la cour de Louis XIV.

Charles Le Brun
Le peintre du Roi Soleil
Louvre-Lens
Lens
Jusqu’au 29 août
www.louvrelens.fr

Le Brun

Charles Le Brun, Musée du Louvre

Le Brun

Charles Le Brun, Etude : corbeau et chat huant, musée du Louvre

Le Brun

Charles Le Brun, La chute des anges rebelles, Musée du Louvre, Paris

Le Brun

Charles Le Brun, Ange portant l’arche de l’alliance, Musée du Louvre

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.