James Ensor (1860-1949), Le Baptême des Masques, vers 1925-30, huile sur toile, 60 x 70 cm, estimation 300-500.000 euros, lot 404 de la vente du 31 mai au Dorotheum à Vienne – www.dorotheum.com

Cette toile a récemment été découverte chez un collectionneur apparenté à la famille de Simone Breton – galeriste qui exposa à l’époque nombre de surréalistes et première propriétaire de l’œuvre. Après avoir été exposée en preview à Bruxelles en ce début mai, elle sera mise aux enchères à Vienne en ouverture de l’intense semaine de vacation du 31 mai au 3 juin prochains. Sa thématique fait partie des sujets de prédilection de l’artiste ostendais qui grandit dans un univers composé d’un « fouillis inextricable d’objets hétéroclites ». Sa famille possédait une boutique de souvenirs et de curiosités, peuplée de coquillages, de somptueuses dentelles, de poissons rares empaillés, de livres, de gravures et d’armes terribles.

Les masques et les squelettes n’étaient pas loin. Ensor les inclut dans ses tableaux dès 1883. A partir de 1887 – année du décès de son père et de sa grand-mère – ils prennent de plus en plus d’importance dans son œuvre, l’artiste allant même jusqu’à reprendre d’anciennes peintures pour les y insérer. C’est qu’ils se rattachent non seulement à l’étrange ambiance du magasin familial et à la tradition carnavalesque d’Ostende mais qu’ils ont aussi une portée symbolique. Ils transgressent le réel en l’accentuant et en le cachant. Les uns camouflent et exacerbent une réalité que le peintre trouve trop laide et trop cruelle, les autres pointent la vanité et l’absurdité du monde.

Pour cette étonnante mascarade, Ensor s’inspire d’une photo familiale conservée aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. On y reconnaît des membres de la famille Nahrath, Ernest Rousseau fils et James Ensor portant le husby militaire. Les deux autres personnages demeurent inconnus à ce jour. Cette peinture rassemble tout ce qui fait l’art d’Ensor : une lumière qui magnifie les couleurs nacrées, un souci de modernité, un autoportrait du peintre réduit à une simple marionnette et une utilisation des masques qui confondent la réalité. Des masques qui ne cesseront de hanter et d’habiter l’artiste qui exécuta dès 1891 une autre version Réunion de masques (Mascarades). Deux versions ultérieures du Baptême des Masques, 1891 existent, dont l’une est répertoriée et datée de 1937. Celle du Dorotheum sera fixée sur son sort en cette toute fin mai.

Ensor

James Ensor, Le Baptême des Masques, vers 1925-30, huile sur toile, estimation 300-500.000 euros, (c) Dorotheum

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