André Derain (1880-1954), Les Voiles rouges, 1906, huile sur toile, estimation 15-20.000.000 USD, vente du 9 mai 2016 chez Sotheby’s à New York (lot 24) – www.sothebys.com

Deux chefs-d’œuvre fauves – ce spectaculaire Derain rouge flamboyant et un Sous-bois par de Vlaminck peint un an auparavant – apparaissent pour la première fois sur le marché, en même temps et dans la même vacation ! Et pour cause, ils faisaient tous deux partie de la même collection familiale américaine, celle de Sarah Campbell Blaffer à Houston, et ils y sont restés pendant plus de 60 ans. Toujours est-il que l’heure est exceptionnelle pour le marché de l’art qui ne voit pas tous les jours apparaître des œuvres fauves de cette importance. Jugeons plutôt. Les estimations sont de 12-18 millions USD pour la toile de de Vlaminck qui marque l’explosion du fauvisme en 1905 et davantage encore – on parle de 20 millions de dollars ! – pour ce Derain considéré comme l’un des summums du mouvement. Et la maison de ventes aux enchères, qui est fière d’avoir atteint 24 millions USD pour Les Arbres à Collioure du même artiste en 2010 à Londres, espère forcément flirter, voire battre ce record…

De ces chiffres hallucinants, redescendons sur les rives de la TamiseDerain peignit, entre 1906 et 1907, une trentaine de toiles, figurant désormais parmi les plus célèbres de l’artiste. Envoyé à Londres en 1906 par le marchand d’art Ambroise Vollard afin de créer une série de tableaux de la ville, l’artiste en donne un portrait novateur tant du point de vue des couleurs que de la composition. Parmi ses sujets, on reconnaît aisément le palais de Westminster, la cathédrale Saint-Paul, Charing Cross ou Tower Bridge. Ses Voiles rouges représentent ces barges à voiles que l’on trouve couramment sur la Tamise. La vue, dépourvue d’horizon architectural, a sans doute été prise à Greenwich, en aval de la capitale. Il semble que Derain n’ait peint qu’une seule autre œuvre au même endroit. Intitulée Effet du soleil sur l’eau (1906-07), elle est conservée au Musée de l’Annonciade à Saint-Tropez.

Dans Les Voiles rouges, l’accent est mis sur ces voiliers que Derain traite à force de couleur exubérante et quasi antinaturaliste. Son coup de pinceau est un mélange de touches de couleurs vives et complémentaires qui forment un paysage dynamique, lumineux et plein d’audace. On est loin de la douceur de l’impressionnisme et des compositions d’un Monet ou d’un Whistler. Le peintre réagit et détache la couleur de son objet afin de laisser libre cours à ses impulsions. La Tamise en ressort toute transfigurée, comme l’a écrit Jacqueline Munck dans un récent catalogue. La plupart des spécialistes soulignent le rôle de Derain et de sa palette débridée dans le développement de la peinture moderne et de l’abstraction.

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André Derain, Les Voiles rouges, 1906, huile sur toile, (c) Sotheby’s New York

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