Dans les années 1950, les Anglais réalisent des tests atomiques dans le Great Victoria Desert, au sud de l’Australie. Un expert est envoyé pour prévenir la communauté aborigène de Anangu juta pila nguru – environ 150 personnes, communauté aujourd’hui appelée Spinifex – qui vit à cet endroit. Dans les dernières années des tests, l’expert constate que plus de 40 personnes ont continué à chasser dans cette portion du désert. Par manque d’historique médical, aucune commission ne fut capable de déterminer si ces Aborigènes furent touchés par les tests nucléaires.

Cet exode forcé du peuple de Anangu juta pila nguru marque à jamais la communauté. Bien que nomades, les Aborigènes sont viscéralement liés à leur territoire traditionnel. Spinifex s’est battu durant les années 1990 pour faire reconnaître le lien avec son territoire originel. Dès 1997, un projet artistique commun voit le jour pour soutenir cette revendication. Les grands formats, œuvres collectives appelées government paintings servent de documents pour les négociations avec le gouvernement australien… En 2000, la Cour fédérale reconnait les droits de Spinifex sur son territoire traditionnel.

Ces peintures sont aujourd’hui présentées à Bruxelles, hommage vibrant aux histoires sacrées de cette communauté. On y voit des réseaux de lignes et de bulles, qui font penser à des réseaux de synapses dans l’infiniment petit des connexions cérébrales. Sur d’immenses formats, rehaussées de milliers de points, ces structures se déploient en réseaux souples, organiques. Si les significations traditionnelles ne nous sont pas accessibles, nous pouvons quand même y voir des formes symbolisant le lien entre les êtres vivants, hommes, femmes mais aussi animaux ou plantes, la communauté comme un tout mouvant. Chaque toile est puissamment évocatrice de ces ensembles qui constituent la vie. Ces œuvres majestueuses ont été exposées au British Museum en 2015 dans l’exposition Indigenous Australia.

L’art aborigène a sa propre force, hors des tendances et styles de l’art contemporain. Contrairement à l’art africain contemporain – pour parler d’un autre grand continent – dont nous parlions mardi à propos de la Biennale de Dakar, l’art aborigène continue de se déployer en lien profond avec des pratiques traditionnelles et archaïques. Ce qui fait toute sa beauté.

The Spinifex Art Project
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles
Jusqu’au 2 juillet
Du mercredi au samedi de 14h30 à 19h
http://www.aboriginalsignature.com/

spinifex art project

Ian Rictor, Kanmati, Spinifex Art Project

spinifex art project

Fred Grant, Mituna, Spinifex Art Project

spinifex art project

Lawrence Pennington, Mituna Pukara, Spinifex Art Project

spinifex art project

Ned Grant, Panpara, Spinifex Art Project

spinifex art project

Womens collaborative, Spinifex Art Project

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.