Simon Hantaï, Composition, 1973, toile, 115 x 95 cm, lot 437, estimation 60-80.000 euros, vente du 21 mai chez De Vuyst à Lokeren – www.de-vuyst.com

Longtemps méconnu – sauf en France où il vécut – voilà que Simon Hantaï (1922-2008), l’un des créateurs les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, s’invite à Lokeren pour les enchères de mai chez De Vuyst. L’œuvre proposée parmi les quelque 600 lots que compte la vacation est typique de cet artiste passé maître dans l’exaltation des Blancs. Elle date de 1973 et appartient à sa période de pliages.

Né en Hongrie en 1922, Simon Hantaï arrive à Paris en 1948. Le surréalisme est déjà sur le déclin mais l’artiste hongrois réalise ses premières œuvres dans cette veine. Il sera d’ailleurs un proche de Breton avant de se tourner vers une abstraction lyrique inspirée par les drippings de Pollock. Dès 1950, il expérimente le froissage de la toile mais ce n’est que dix ans plus tard qu’il découvre le pliage et ouvre ainsi une nouvelle voie dans l’histoire de la peinture contemporaine. Cette méthode à laquelle il restera fidèle toute sa vie va bouleverser l’ensemble de son œuvre. Elle consiste à plier la toile avant de la peindre et de l’ouvrir ensuite pour découvrir l’œuvre. L’œuvre est faite et défaite par le hasard tandis que l’artiste laisse progressivement sa peinture aux jeux des blancs qui sont de plus en plus présents. Ce sont eux qui permettent à la couleur de respirer et d’irradier alors qu’apparaissent des formes étoilées indépendantes de la volonté de l’artiste, qui aimait dire qu’il peignait à l’aveugle.

La Composition proposée par De Vuyst a été acquise auprès de la Galerie Tronche à Paris, l’année de sa réalisation. Foisonnante autant que vivante, cette toile témoigne des talents de coloriste de l’artiste qui fut également influencé par Cézanne et Matisse. Elle rend compte d’une approche artistique tournée vers l’expérimentation, qui donnera naissance à un univers de formes variées et variables. Le pli et ses multiples déclinaisons est d’ailleurs devenu sa signature aux yeux du monde. Un monde duquel il s’est volontairement retiré, en ermite, de 1982 – après sa participation à la Biennale de Venise – à son décès en 2008. Une longue période qui ne l’a fort heureusement pas fait oublier. Pas tout à fait en tout cas, si l’on juge aux attentes pécuniaires autour de cette toile (et de bien d’autres…). Etrange retour de manivelle pour cet artiste en quête de simplicité et de spiritualité qui avait pris ses distances par rapport à la marchandisation de l’art et de son travail. Résultats chiffrés le soir du 21 mai.

Simon Hantaï

Simon Hantaï, Composition, 1973, lot 437, estimation 60-80.000 euros, De Vuyst

A propos de l'auteur

Laure Eggericx

Chroniqueuse et journaliste"Historienne de l’art et plasticienne, j’alterne depuis des années la plume et le pinceau pour assouvir et communiquer ma passion de l’art, du patrimoine et de l’architecture. Journaliste pour différents quotidiens (Le Soir, La Libre ...) et magazines (Villas, Les Nouvelles du Patrimoine...), j’ai collaboré à de nombreux ouvrages et expositions concernant aussi bien artistes et artisans qu’architectes contemporains, sites historiques ou balades touristiques. Le marché de l’art est la plus récente corde à mon violon."Laure Eggericx est licenciée en histoire de l’art et archéologie (ULB), graduée en architecture d’intérieur (Saint-Luc-Essai) et diplômée en recherches graphiques et picturales (Académie JJ Gaillard).

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