Cette exposition kaléidoscope autour du paysage se tient à cheval sur deux musées de La Louvière : le tout nouveau Keramis, sur le site des anciennes faïenceries Boch, et le MiLL, le musée Ianchelevici, installé dans l’ancien palais de justice de la ville, à un jet de pierre du précédent. Centrée sur la Terre Paysage dans le premier et sur des Paysages subjectifs dans le second, elle porte un regard singulier sur l’art contemporain, au-delà des sentiers battus du savoir. Le paysage n’y est pas abordé en termes d’image ou de représentation, il devient materia prima au travers de la perception des artistes.

Ils sont 16 à avoir pris possession des espaces du MiLL pour évoquer une nature mouvante, en prise au vent, à la lumière, à l’eau, au feu ou au temps… Autant d’éléments sensoriels qu’ils ont essayé de rendre palpables au premier étage du musée, à l’exception de Clotilde Ancarani dont les Herbes folles de bronze prennent l’air et le vent sur la place communale face au musée et du Jardin d’Eden en porcelaine rouge et blanche de Marie Chantelot qui a fleuri au cœur des statues en pierre signées Ianchelevici. Après cette double ouverture florale, c’est une exploration du paysage tout azimut qui se déploie à l’étage avec des artistes comme Marcel Berlanger ou Akira Kugimachi – et ses ineffables sommets neigeux – qui ont spécifiquement créé des pièces pour l’exposition.

Réflexions chromatiques, installations spatiales, rendus photographiques ou phénomènes acoustiques, les plasticiens invitent le visiteur à prendre le temps de ressentir l’environnement en ses perspectives mouvantes les plus infimes. Ainsi se voit-on confronté au cycle des marées avec l’artiste français Thomas Tronel-Gauthier dans sa réflexion sur les matériaux et leur devenir. Son installation relate un travail qu’il a réalisé dans la baie de Somme sur le côté éphémère du naturel. Un tapis de sable posé à même le sol accueille des moulages en résine prélevés d’empreintes laissées par l’eau sur le sable à marée basse. Au mur, des tirages photographiques ont fixé la confrontation du paysage avec le motif prélevé en négatif. Plus loin, on découvre un tas de troncs de bouleaux en bien mauvais état. En s’approchant, on est saisi par la quantité de champignons qui y puisent leur substance. En tendant l’oreille, on entendra même le chant. Le chant des champignons capté et mis en scène par Cécile Beau dans son étonnant Sporophore.

Marthe Wéry, Agnès His, Dominique Collignon, Aurore Dal Mas figurent parmi les invités, au rang desquels on retrouve des artistes de la terre comme Jean Girel ou l’Américaine Bean Finneman, dont le magnifique Red Ring composé de 40 000 bâtonnets de faïence superposés et emmêlés les uns avec les autres occupe la nef du Keramis. Onze autres artistes explorent ce lien avec la terre et exposent leur Terre Paysage dans les murs du Centre de la céramique. Le poétique et amusant festin paysager qu’Anne Brugni déploie sur une table de 10 mètres de long jouxte les performances physiques, presque instinctives de Valérie Delarue nue dans la terre crue et d’Alexandra Engelfriet en proie avec l’argile crue (ensuite cuite pour être exposée en dehors du site). La terre craquelée de la paysagiste céramique Charlotte Nordin voisine avec le très interpellant morceau de Meat Grow de Fred Biesmans et Eric Gunera.

Et last but not least, deux céramistes se sont glissées dans les entrailles du lieu pour marquer leur prise avec le temps. Comme l’explique Ludovic Recchia dans le catalogue, Coline Rosoux et Claire Lezier « ont choisi de composer en terre crue, à l’intérieur d’un des trois anciens fours, les éléments d’un paysage industriel (…) Ces constructions crues sècheront lentement durant les deux mois de l’exposition mais ne cuiront jamais dans ces fours éteints pour l’éternité. Des fours pour le cru et n’y rien cuire… nous sommes dans un musée et à La Louvière. Les univers de Coline Rosoux et Claire Lezier rejoignent bien l’esprit du lieu. »

Paysages subjectifs
Musées Ianchelevici
et
La Terre Paysage
Keramis
La Louvière
Jusqu’au 5 juin
www. Ianchelevici.be
www.keramis.be

Akira Kugimachi Keramis paysages subjectifs

Akira Kugimachi, Air #1, 2015, peinture, pigments minéraux sur papier japonais « Kumohada » fixés sur bois, Paysages Subjectifs, Musée Ianchelevici, (c) Marc Segond

F Biesmans et E Gunera Keramis paysages subjectifs

Fred Biesmans et Eric Gunera, Meat Grow, 2013, Faïence, La Terre Paysage, Keramis, (c) Eric Gunera

Bean Finneran Keramis paysages subjectifs

Bean Finneran, Red Curves, mars 2016. Faïence, Installation temporaire. La Terre Paysage, Keramis, (c) Bruno Fischer

Jean Girel Keramis paysages subjectifs

Jean Girel, Disque Paysage, Hommage à Patinir, 2012, porcelaine émaillée, courtesy Galerie Pierre Marie Giraud, Bruxelles, Paysages Subjectifs, (c) Musée Ianchelevici

 

 

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