Cela fait cinq ans que la Fondation Boghossian est installée dans la superbe Villa Empain, à Bruxelles. Elle embrasse aujourd’hui une nouvelle ère sous l’égide d’une équipe – entièrement renouvelée – internationale et audacieuse. Nous sommes allée à la rencontre de ces nouvelles têtes.

Louma Salamé

Premier changement, celui de la direction générale, qui est désormais assurée par Louma Salamé. Tête bien faite et d’une allure des plus sympathiques, la jeune Louma, née en 1981, possède un parcours qui justifie amplement sa nomination à la tête d’une fondation familiale – elle est la nièce de Jean Boghossian. Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts et de l‘Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (Paris), Louma Salamé fut entre autres commissaire d’exposition indépendante et chargée de communication pour le musée du Louvre à Abu Dhabi. D’un esprit en harmonie avec la philosophie du lieu – faire lien entre l’Orient et l’Occident – Louma Salamé entend donner à ce pont jeté entre deux civilisations une ouverture vers d’autres milieux sociaux, d’autres formes d’art, d’autres accès à la culture.

« J’ai l’immense plaisir d’être la cheville ouvrière d’une véritable mutation du lieu. Je gère l’équipe, le budget, je m’occupe du mécénat et du sponsoring », explique la directrice. Son ambition est de rendre la Villa Empain autosuffisante grâce à ses liens sociaux, politiques et culturels. Pour cela, il faut se mettre en réseau avec des acteurs locaux et internationaux afin de changer aussi la typologie du public qui se rend à la villa. Dans un même souhait d’inclusion, Louma Salamé souhaite créer des voies d’accès pour les plus jeunes et pour un public dit économiquement difficile. Plusieurs expositions, cycles de conférences, débats autour de questions géopolitiques, performances musicales, chorégraphies, etc. donneront vie à chaque pièce de la maison. « Nous pourrions par exemple organiser une exposition autour de la question de la frontière intangible, immatérielle et invisible entre nous tous, avec des activités pédagogiques, des colloques, et donner la parole à ceux que l’on entend moins », ajoute la directrice.

Asad Raza

C’est au nom de cette prise de position novatrice que l’équipe a fait appel à un directeur artistique aux talents internationaux, Asad Raza. D’origine pakistanaise, ce New-Yorkais est à la fois producteur, écrivain, créateur d’expositions et… artiste. Sa vision expérimentale de la conception d’une exposition dépasse de loin les manières convenues que nous avons coutume de voir. A travers le voyage sensoriel qu’il nous propose, nous ressentons son cursus en littérature et en cinéma et sa passion pour la danse contemporaine. Lorsque nous l’interrogeons sur sa motivation d’être venu en Belgique, capitale de l’Europe mais néanmoins très petit pays, Asad Raza exprime avec enthousiasme son coup de foudre pour la Villa Empain. « C’est un endroit grandiose dans lequel il y a de la vie ! Je vois ce lieu comme une maison, où chaque pièce est habitée, à l’opposé d’une institution muséale. » Bruxelles, de par sa position dans l’Europe et surtout par le métissage de ses habitants, est selon lui un excellent lieu d’expérimentation.

« A l’opposé de Paris, Bruxelles est extrêmement dynamique, elle pousse à la création, de façon tentaculaire, incluant les différentes couches sociales, soutenant les initiatives privées, dépoussiérant les institutions publiques. Bruxelles fourmille de gens avec des idées, on y trouve une facilité d’organisation et une liberté qui est unique », ajoute Louma Salamé.

Asad Raza veut ouvrir le dialogue Est-Ouest à une parole entre jeunes et moins jeunes, entre le Nord et le Sud du pays, entre les diverses formes d’art. D’emblée, il imagine l’intervention de chorégraphes dans des expositions d’art plastiques : « La Belgique a toujours été connectée avec l’univers de la danse. La qualité des spectacles à La Monnaie ou au Kaaitheater m’a subjugué. » La maison a aussi ouvert une résidence où se croiseront des architectes, des studios d’enregistrement, des metteurs en scène, des artistes plasticiens… Lorsque nous avons visité sa première exposition Répétitions qui vient de s’ouvrir, nous avons été frappée de voir deux personnes installées face à face autour d’un bureau, l’une travaillant sur son film, l’autre concevant une bande son. Ces deux artistes occupaient l’une des pièces dédiées à la visite. J’ai alors compris tout ce qu’Asad m’avait expliqué auparavant : sa volonté de laisser la vie et la création entrer de tout côté dans la Villa Empain. Décloisonner, ouvrir, faire s’interpénétrer les compétences et les aspirations, tout en incluant le public ! Le public est désormais un acteur à part entière de l’activité artistique.

Pour sa première exposition ici, Asad Raza explore le thème des répétitions, celles qui à force engendrent des accidents, symboliques et réels, artistiques et conceptuels. Chaque œuvre choisie a une histoire sous-jacente et on perçoit d’emblée l’originalité de la direction artistique dans la manière dont les œuvres sont déplacées, les pièces commissionnées par des artistes indépendants, surtout dans cette salle qui vibre sous les entrechats d’un danseur hypnotisant, création du chorégraphe Andros Zins-Browne. Nous y reviendrons plus longuement.

C’est dans la petite maison jouxtant la magnifique piscine de la villa qu’est installée la résidence d’artistes. « Nous voulons que la maison vive de toute part, sorte de laboratoire, incubateur d’énergie et de dialogues créatifs, ouvert à tout public, toute culture », conclut le directeur artistique.

http://www.villaempain.com/

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