C’est LE musée à inscrire sur votre visit-list en 2016. Nouveau petit frère de la scène muséale bruxelloise, le MIMA propose au grand public de découvrir l’histoire de la culture 2.0. Sur les quais de Molenbeek-Saint-Jean, ce sont quatre étages consacrés exclusivement à cette culture émergente qui s’offrent aux curieux de tous bords, faisant de l’endroit un musée d’art actuel unique en Europe.

A vrai dire, le 2.0 représente plus un état d’esprit qu’un courant artistique tangible. « Aujourd’hui, nul besoin d’aller à l’université, de se balader avec son portfolio, de faire de la lèche aux galeries et leurs nuées de prétentieux, pas besoin non plus de coucher avec quelqu’un d’influent. Tout ce qu’il vous faut, c’est quelques idées et une connexion haut débit. Pour la première fois, le monde bourgeois de l’art appartient au peuple. Il s’agit d’en faire quelque chose. » Les mots sont justes et choisis : ils émanent de Banksy, le pape masqué du street-art. Entrainées par une mondialisation fulgurante, les cultures deviennent mobiles, favorisant l’émergence d’un nouveau type de cosmopolitisme. Les artistes issus de cette mouvance revendiquent une création décloisonnée, hybride et s’exprimant sur tout type de support, matériel ou intangible. Si cette tentative d’explication ne vous parle pas, l’exposition City lights se chargera d’apporter une réponse visuelle à vos dernières interrogations. Pour une première en carte blanche, ce sont quatre dignes représentants du mouvement 2.0 qui investissent ce nouveau musée, jusqu’au 28 juin, avec comme dénominateur commun le fait d’avoir transité par New York, Brooklyn plus précisément.

City Lights : la classe américaine

Comme beaucoup d’autres créatifs de sa génération, Swoon a répété ses gammes dans la rue avant de progressivement s’inviter dans les musées et galeries. Au MIMA, l’Américaine a été reléguée à la cave. Plus un honneur qu’un affront, puisque l’art squat aménagé dans les sous-sols des anciennes brasseries Bellevue fait son petit effet et apporte une touche underground indéniable au musée ; les infiltrations d’eau en prime. Entre œuvres graphiques, abstraites, figures archetypées et éléments architecturaux, les collages de Swoon sont oniriques, résolument street. En ces allées sombres, leur futur est d’ailleurs aléatoire : arrachés, abandonnés à leur sort ou recouverts par d’autres artistes, qui vivra verra…  Stupeur dans l’assistance journalistique du jour. Eh oui, ça se passe comme ça dans l’art de rue

Le temps de revenir à la lumière et c’est Faile, duo de collagistes à l’esthétique pop post-punk, qui nous accueille au premier étage : leur immense moulin à prières tibétain capte sans difficulté les rétines. Des symboles sont disséminés dans leurs œuvres – private jokes ou révélateurs de leur parcours – comme ce 1986, année de l’explosion de la navette Challenger, événement fondateur de leur création artistique. Ici encore, l’essence de la démarche vient de la rue : rien d’étonnant, le duo se nourrit de sign painting, pratique urbaine cristallisée dans les années 1950 aux Etats-Unis.

Le temps de rappeler qu’Arkadia s’occupera des visites guidées, et Momo prend le relais… Et ça griffe. Habitué à créer ses propres outils pour réaliser des fresques polychromes, l’artiste américain passe son temps à explorer les couleurs. Il aime aussi essaimer çà et là les clés de son processus créatif. Ses œuvres abstraites nourries de voyages confèrent une atmosphère apaisante, faisant de l’espace un eden coloré .

Que dire alors de la salle composée par Maya Hayuk, prêtresse du mural ! Maya se sert de la configuration architecturale de la pièce – notamment des arêtes – pour éclater son œuvre et transformer le deuxième étage du MIMA en chapelle ardente funky, à la gloire du spectre visible. Ça dégouline de couleurs, au propre comme au figuré. Difficile de saisir d’où tombe cette inspiration divine : à l’instar des autres premiers de cordée, Maya pioche à droite et à gauche pour créer son propre vocabulaire formel. Seul invariant, la musique, très présente dans son œuvre. Inconcevable pour l’artiste de créer sans elle, en alignant de préférence les décibels. Elle est comme ça Maya, tant qu’on la laisse foutre son p’tit bordel
En bonus, l’artiste a installé des bancs au milieu de la nef, pour que les badauds profitent OKLM de son œuvre. Nice & Smooth, Miss Hayuk.

Et maintenant?

Après cette première en mode US, les observateurs neutres sont satisfaits. Toutes générations confondues, today was a good day for art… Et ce n’est pas tout, le MIMA dispose aussi d’une prometteuse collection permanente sur deux niveaux, sous forme de prêts longue durée des collectionneurs et dont l’accrochage va tourner. Les attentats de Bruxelles ont ajouté à l’ouverture du MIMA – programmée au départ pour le 23 mars – une charge symbolique non négligeable. Cet état de fait, amplifié par la presse belge et internationale, fait peser sur le lieu une pression inutile qu’il n’a pas à assumer : un tissu social, ça ne se reconstruit pas miraculeusement avec un musée, aussi fresh soit-il.

Toutefois, si le Millenium Iconoclast Museum of Art veut répandre son message cosmopolite, il devra sortir de sa glorieuse bâtisse et étendre son empire par-delà sa zone de confort. A ce titre, les berges taguées, visibles depuis la terrasse panoramique, semblent un terrain d’expérimentation tout trouvé. On fera le bilan dans quelques mois : s’il reste sérieux dans ses affaires, le MIMA a tout pour devenir un acteur culturel de premier plan. Au quatuor de fondateurs d’éviter les clichés et d’ouvrir la Road to Glory, en donnant au MIMA une identité à part entière dans le paysage bruxellois. Qui pour les arrêter? Certainement pas la 4G…

Dimanche 1er mai, Molenbeek est en fête. A cette occasion, tarif d’entrée au MIMA unique de 5 € 

City Lights
Mima
33 quai du Hainaut 
1080 Molenbeek-St-Jean
Jusqu’au 28 juin 2016
Du mercredi au dimanche de 10h à 18h
http://www.mimamuseum.eu/

Faile MIMA

Faile, MIMA, 2016, photo Pascaline Brischoux & MIMA Museum

Faile Mima 2

Faile, MIMA, 2016, photo The Pickles & MIMA Museum

Maya Hayuk Mima 2

Maya Hayuk, MIMA, 2016, photo The Pickles & MIMA Museum

Maya Hayuk MIMA

Maya Hayuk, MIMA, 2016, photo The Pickles & MIMA Museum

Swoon Mima

Swoon, MIMA, 2016, photo The Pickles & MIMA Museum

Swoon Mima 1

Swoon, MIMA, 2016, photo The Pickles & MIMA Museum

MOMO MIMA 1

MOMO, MIMA, 2016, photo MOMO & MIMA Museum

MOMO MIMA

MOMO, MIMA, 2016, photo The Pickles & MIMA Museum

Swoon Mima

Swoon au MIMA, 2016, crédits photo : The Pickles & MIMA Museum

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