Maurice et Caroline Verbaet sont collectionneurs depuis de nombreuses années. Nous avions pu découvrir une sélection de leur collection en 2012 au Musée d’Ixelles. Ils ouvrent aujourd’hui un lieu écrin pour celle-ci, 1500 m² au rez-de-chaussée d’un immeuble anversois emblématique, l’ancien bâtiment de la compagnie des eaux, le Antwerpse Water Werken, inauguré en 1965. S’y ajoute une galerie pour les expositions plus ponctuelles.

Collectionneur dès sa jeunesse, dans les années 1970, acheteur compulsif, fonctionnant au coup de cœur, Maurice Verbaet est rejoint dans son aventure artistique par son épouse Caroline en 1989. Ensemble, ils décident de se concentrer principalement sur l’art belge du XXe siècle. Ils sélectionnent ensemble ces œuvres qui sont financièrement abordables. En effet, les artistes belges modernes sont peu valorisés sur le marché, alors que plusieurs d’entre eux ont eu une carrière internationale remarquable. Il s’agit encore et toujours de cette discrétion qui semble inhérente à l’esprit belge et de ce manque de goût des artistes belges à se valoriser, peut-être parce qu’il n’y a pas ou peu de fierté nationale comme on peut en voir en France.

Un projet qui évolue

La collection Verbaet, vaste, comprenait des artistes du XXe siècle, des années 1920 jusqu’aux années 1970. Le choix fut fait de vendre la partie avant-guerre 1940-1945 pour financer les projets de valorisation des artistes belges des années 1950 à 1970. Amoureux de sa collection, collectionneur dans l’âme, Verbaet sillonne les salles de ventes et galeries spécialisées en art moderne. Il ramène dans son escarcelle des œuvres d’artistes méconnus, oubliés ou aujourd’hui dédaignés.

Quels artistes de cette période sont-ils présents dans la collection et comment sont-ils choisis ? Maurice Verbaet explique : « Comme le disait Michel Guy, ministre de la Culture en France à propos de la Fondation Maeght : « Une Fondation privée, non subventionnée, a parfaitement le droit d’être caractérielle, c’est-à-dire d’être le reflet des goûts des fondateurs. […] J’aimerais qu’il y ait en France non pas une Fondation Maeght mais trente. Le côté caractériel de chacune donnerait un panorama complet de l’art. » C’est là que nous situons notre présente ambition : dresser un panorama de l’art belge d’après-guerre en donnant un coup de projecteur sur certains des évènements marquants ou en nous attardant sur quelques personnalités choisies. Cette orientation permet d’offrir un avant-goût de la production artistique féconde et diversifiée, caractéristique de notre petit pays. Notre approche fragmentaire récuse le classement par mouvement. Par contre, le déploiement de pièces isolées d’un même puzzle permet de composer graduellement une image d’ensemble et annonce combien tous les éléments évoqués, une fois juxtaposés, se révèlent les mailles enchevêtrées d’un même tissu. » Des choix de cœur, toujours.

L’exposition inaugurale, ConnexionsOne. Art belge 1945-1975, magnifique, présente des œuvres de Bury, Delahaut, Mortier, Tapta, Axelle, Vandercam, Willequet et bien d’autres, dans une profusion de styles et de couleurs. On y voit une tribu de talents belges, qui tous se sont épanouis à l’international. Un enchantement et une redécouverte. La collection va continuer à être exposée, puisqu’on annonce une exposition à Saint-Rémy-de-Provence, au Musée Cocteau à Menton en juin, au Musée Pissarro à Pontoise en septembre, entre autres.

Dans l’espace galerie vient de s’ouvrir une exposition des dessins de Paul Van Hoeydonck. Aujourd’hui âgé plus de 90 ans, bon pied bon œil, l’artiste a travaillé aux Etats-Unis où il a notamment côtoyé Warhol. Il démarre dans les années 1950 avec des tableaux abstraits géométriques. Il eut un succès longtemps reconnu avec ses toiles presque monochromes de sa période lumière. Il fut à la pointe dans les années 1950, faisant partie du groupe G58, sorte d’exposition OFF en réaction à la sélection ultraclassique de l’exposition d’art dans le cadre de l’Exposition 58, avec Fontana, Klein, Tinguely… Pourquoi ces artistes-ci sont-ils encore visibles internationalement et pas lui ? Cette question trouve sa solution dans l’engagement de Caroline et Maurice Verbaet.

On découvre ici plus de 90 dessins, issus de deux périodes, des années 1955 à 1962 et de 1979 à 1981. Van Hoeydonck explique que ses dessins ont été rarement montrés, pour une raison simple : un dessin doit être mis sous verre, contrairement à une toile et cela coûte beaucoup plus cher à mettre en œuvre. Tous ne sont pas exceptionnels, mais tous expriment l’intime de la quête de l’artiste, comme très souvent le font les œuvres sur papier.

ConnexionsOne
et
Escapades
Works on paper by Paul Van Hoeydonck
Maurice Verbaet Art Center

WAW building
64A Mechelensteenweg
2018 Anvers
Jusqu’au 16 juillet
Du jeudi au samedi et le 1er dimanche du mois
De 13h à 18h
www.verbaet.com

Maurice Verbaet Art Center

WAW Building, photo Lukas Verdijk et MV-ArtCenter

Maurice Verbaet - Paul van Hoeydonck

MV-Art Center, preview, photo Vesna Faassen et MV-Art Center

Maurice Verbaet Art Center

MV-Art Center, vue de l’exposition ConnectionsOne, photo Vesna Faassen et MV-Art Center

Guy Pellaert, MV Art Center

Guy Pellaert, Une rue sépare les deux cirques, 1963, photo MV-Art Center

Pol Mara, MV Art Center

Pol Mara, Color-seum, 1967, photo MV-Art Center

Mark Verstockt, MV Art Center

Mark Verstockt, Losange, 1965, photo MV-Art Center

Antoine Mortier MV Art Center

Antoine Mortier, Femme assise I, 1954, photo MV-Art Center

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