Passez au travers de l’exposition Agnès Varda, qui est un désastre, avec tout le respect que nous devons à cette immense cinéaste. On ne remplit pas si facilement les beaux espaces du Musée d’Ixelles et quelques patates, probablement germées aujourd’hui, n’y suffisent pas. Nous avions pourtant beaucoup aimé l’exposition Portraits brisés et Mer calme, à la Galerie Obadia Bruxelles, en 2010.

Peut-on encore, en 2016, s’interroger sur le paysage comme sujet principal ? Dès la Renaissance, la peinture de paysage s’autonomise en Flandres avec des peintres comme Jan van Eyck qui isolent des vues par la fenêtre. On trouve pourtant dès le XIVe des fresques d’artistes de l’école de Sienne, qui représentent le paysage de manière non plus allusive ou symbolique mais réaliste. Ce sujet prend son essor au XVIIe avec le paysage classique, considéré comme un genre mineur. Après Varda, au fond, à droite, après les salles de la collection permanente – avec des œuvres qui réjouissent toujours autant le cœur – voici les paysages de Jean-Marie Bytebier.

Bytebier soigne l’horizon

Jean-Marie Bytebier est né en 1963 à Deinze. Il étudie la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Gand. Il présente aujourd’hui une fantastique sélection de paysages peints. On y voit le ciel, clair, et la terre, recouverte de verdure et parfois de l’ébauche d’une construction. Ciels bleus, faits de nuances très subtiles. Verdures, floues, évocations de quelques arbres ou buissons. La surface de la peinture est séparée très précisément en deux parties, l’une sombre, l’autre claire, donnant à certaines propositions l’aspect d’une toile abstraite. Bytebier peint notamment sur toile et sur panneau de bois. Parfois, il découpe la toile et recompose un patchwork. Parfois, il entaille le bois, en petits coups réguliers de burin, effaçant ce qu’il donnait à voir avec la peinture. Parfois, il fragmente cet horizon mille fois répété. Ou le renverse. Certains paysages n’occupent qu’une partie de la surface, rangés dans un coin du panneau de bois, dont on voit alors les nervures, dignes prolongations du paysage.

Ciel et terre. Ces deux zones distinctes et reconnaissables servent à l’artiste pour enquêter à l’interstice entre deux formes : l’art figuratif et l’art conceptuel. Telle Pénélope, il n’hésite pas à faire, défaire et refaire le paysage. Il le peint, l’honore, puis le découpe, le hachure, le fait disparaître. Alors, au même moment où l’œil se réjouit de ces formidables paysages, on comprend que le processus, l’acte de peindre est le sujet et le questionnement principal de Jean-Marie Bytebier. Une splendeur.

Jean-Marie Bytebier
AB.ad
Musée d’Ixelles
71 rue Jean van Volsem
1050 Bruxelles
Jusqu’au 29 mai
Du mardi au dimanche de 9h30 à 17h
www.museeixelles.be

Jean-Marie Bytebier

Jean-Marie Bytebier, Près du feuillage, 2007, Musée d’Ixelles, courtesy l’artiste et Galerie Van De Weghe

Jean-Marie Bytebier

Jean-Marie Bytebier, Het laar uitblinkend door afwezigheid, 2014, acrylique sur toile de lin, Musée d’Ixelles, collection privée, photo Karel Moortgat

Jean-Marie Bytebier

Jean-Marie Bytebier, Pariteit discontinuous, 2013, Musée d’Ixelles, courtesy l’artiste et Galerie Van De WegheJean

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