A l’endroit où se rencontrent arts, technologies et sciences, vous trouverez le cercle blanc. Le laboratoire éphémère White Circle a investi les Ateliers Coppens, le temps d’une OFF en marge des grandes foires d’arts. Une exposition collective qui regroupe une quinzaine d’artistes nationaux et internationaux en phase avec ce monde actuel où s’écrit le futur de l’art contemporain.

Ex Nihilo, Nihil Fit, quelques mots de latin, quelques vestiges pour nous rappeler que rien ne vient de rien ; le titre de cette exposition singulière qui nous engage sur le chemin de l’homo digitalis, celui que nous sommes déjà et serons désormais davantage. Voilà venir une nouvelle période, celle de tous les possibles, mais également de tous les dangers. Ainsi, l’homme nouveau, à force de maîtriser la technologie, réussit à transformer la réalité. A moins qu’elle ne nous échappe déjà, de plus en plus.

A l’origine

White Circle c’est d’abord l’énergie que ses deux fondateurs Philippe Palaz et Nicolas Wierinck ont su insuffler à cet art office un peu particulier, dont l’objectif est de promouvoir des artistes résolument tournés vers l’avenir. Dans ce laboratoire, on aime à conjuguer passion pour l’art contemporain et maîtrise des expressions technologiques actuelles et futures, dans des sphères aussi variées que l’Internet, la 3D, la réalité virtuelle, le coding, la robotique, l’intelligence artificielle, l’astrophysique ou la biotechnologie. Plus qu’un simple lieu d’expérimentation, White Circle a aussi pour objectif l’accompagnement des artistes dans leur démarche créative auprès des musées, des fondations et des galeries et leur mise en contact avec des experts scientifiques, des universités, des centres de recherche, afin de leur permettre de concrétiser leurs projets.

Cette exposition présente des œuvres au bord des points de rupture, comme pour mieux esquisser ce passage entre deux mondes, celui où frontières entre réel et virtuel semblent vaciller. Comme chez Patrick Tresset et son évocation sensible d’une robotique dont les comportements et les expressions apparaissent artistiques. Un humain prend la pose dans un atelier de dessin, croqué par six robots dont les bras créent ces étonnants portraits à la main levée. Sentiment ambivalent que celui de ce modèle à la fois scruté et sujet d’attention artistique. Michel Paysant et son eyetracker explorent les possibilités d’un œil outil en dessinant avec le seul mouvement des yeux. Et voici l’art du portrait réinterprété.

Complexité des systèmes, dématérialisation de l’art grâce aux nano et biotechnologies chez Frederik De Wilde. Il crée en collaboration avec la NASA le noir le plus sombre sur Terre – 99,9 % d’air et 0,1 % de carbone. Développé en nanotubes absorbant toute lumière visible, c’est sur toile qu’il décide de l’étendre, un peu comme Klein le faisait avec son bleu. Passage de la couleur pigment à la couleur structurée.

Le Belge Sébastien Lacomblez revendique un art collaboratif empreint de tous les champs de la connaissance. Biologie, sociologie, philosophie, cybernétique, l’artiste brouille les frontières entre le naturel et l’artificiel. Comme dans ses Conus Textile, où les dessins naturels des coquillages se retrouvent ainsi modélisés et restitués en motifs cellulaires décoratifs imprimés sur tapis.

Plus loin

Glisser un œil indiscret dans les neuf boxes de Kris Verdonck nous donne à voir des statues virtuelles jouant dans des vidéos 3D les scènes réalistes de notre société contemporaine. Un travail entre arts plastiques, performance et architecture. Qu’elle est parfois difficile la relation entre technologie digitale et culture contemporaine ! A la recherche du nouveau sens, Jerry Galle laisse à un algorithme, Pretext, le soin de réécrire ses propres textes. Revisités par la perspective de la machine, les voici réinventés en pages chiffrées et codées, à la fin réunies en un ouvrage alternatif.

Raffinement et maîtrise technique de l’art digital chez le Japonais Ryoichi Kurokawa. Vidéo holographique et immersive. Dans un flux ininterrompu de formes, de pixels, d’images figuratives et abstraites, son esthétique épidermique se compose et se dissout dans une texture sonore. Des structures qui, de manière presque insoupçonnée, s’échafaudent et se dissolvent. Une harmonie presque minimale, synthèse fascinante de la sophistication et de la simplicité.

Élégamment posée sur son socle, la grenade transparente de Julian Olivier, séduisante comme le flacon d’une improbable fragrance, si belle et attirante qu’elle traquera les données mobiles non cryptées de tout qui se hasarderait à la contempler. Ainsi voilà votre vie personnelle projetée sur un mur au vu de tous, à l’instant même de la détonation.

White Circle, c’est une occasion de s’immerger pendant quelques jours dans l’inconnu, là où des artistes entretiennent des liens étroits entre art, technologie et science ; un travail aux bords des mondes, à la recherche des nouveaux points de passage. Jouant de la rupture et de la perte d’équilibre, ils réinventent ainsi pas à pas les frontières des possibles dans un art qui, bien qu’actuel et contemporain, contient déjà en lui celui qu’il sera demain.

Ex Nihilo, Nihil Fit : Out of Nothing, Nothing Comes
White Circle
Ateliers Coppens
23 Nouveau Marché aux Grains
1000 Bruxelles
Jusqu’au 24 avril 
De 10h à 18h et du 22 au 24 avril de 10h à 21h
www.whitecircle.xyz

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Kris Verdonck, ISOS Still Couple, (c) photo Two Dogs Company

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Patrick Tresset, Paul drawing Patrick, (c) photo Tommo

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Olga Mikh Fedorova, (c) photo Olga Mikh Fedorova

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Kris Verdonck, ISOS Still Couple, (c) Two Dogs Company

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Julian Oliver, The Transparency Grenade, (c) photo Khuong Bismuth, 2015

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Julian Oliver, No Network, (c) photo Crystelle Vu, 2013

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Jerry Galle, Pretext, (c) photo Jerry Galle

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Frédéric Fourdinier, Terraformation #1, 2015 (c) photo Frédéric Fourdinier

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Felix Luque, Nihil Ex Nihilo, 2010, (c) photo iMAL

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Ryoichi Kurokawa, Syn Modn, (c) photo Ryoichi Kurokawa

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Frederik De Wilde, NANOblck, 2014, (c) photo Frederik De Wilde

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Patrick Tresset, Paul drawing Patrick, (c) photo Tommo

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