Hans Memling (Atelier de), Nativité, huile sur panneau, estimation 1.200.000- 1.800.000 euros, lot 12, vente Maîtres Anciens chez Dorotheum à Vienne – www.dorotheum.com

La traditionnelle semaine de ventes d’avril de la maison viennoise Dorotheum sera lancée le 19 de ce mois avec la vacation Maîtres Anciens. S’y côtoieront des œuvres de Pieter Brueghel II, Hendrik van Balen et Jan Brueghel I, Joos de Momper, Dirk van Baburen…  ainsi qu’une huile sur panneau de l’atelier de Memling représentant une Nativité. Le thème a été traité de nombreuses fois par l’artiste, considéré comme l’un des peintres les plus influents de l’Ecole des Primitifs flamands. Né en Allemagne près de Francfort entre 1435 et 1450, il est mentionné pour la première fois à Bruges en 1465 où il s’établira définitivement par la suite et deviendra l’un des plus grands peintres de l’époque.

A la tête de l’un des ateliers les plus importants de cette cité riche et prospère, centre névralgique du commerce et de la finance des Pays-Bas bourguignons, Hans Memling (1435/40-1494) y trouve une clientèle privilégiée (institutions religieuses, guildes et riches familles de la ville). Sa production est prolifique et très bien organisée et ses œuvres sont aujourd’hui aux cimaises des plus grands musées du monde (Bruges, Bruxelles, mais aussi Le Louvre, Le Prado ou le Moma). La Nativité mise à l’encan à Vienne ce printemps provient de la descendance d’une grande famille aristocratique flamande. Ignorée des historiens d’art jusqu’à son apparition à Bruges en 1994 lors de l’exposition que le musée Groeninge a consacrée à Memling, cette œuvre est celle sur laquelle seront rivés tous les regards, avec une estimation qui dépasse allègrement le million.

Inconnue jusqu’il y a peu, étudiée par de nombreux spécialistes, elle n’a pas livré tous ses secrets. Aucune certitude ne peut être avancée quant à son commanditaire initial, aucun nom précis non plus ne peut être cité parmi les proches collaborateurs de Memling au sein de son atelier. Ce qui saute aux yeux par contre, c’est la qualité exceptionnelle de cette huile arrivée jusqu’à nous dans un état que les spécialistes qualifient d’incroyablement bon, plus de 500 ans après avoir été peinte !

Quoiqu’il en soit, elle fait la couverture d’un catalogue d’une centaine d’œuvres parce qu’elle témoigne d’une très haute qualité picturale dans l’exécution et dans le traitement subtil et nuancé de la lumière. Les boucles des cheveux de la Vierge mais aussi des anges, les détails du brocard, le jeu des ombres projetées du plus infime brin de paille et le rendu réaliste du plus petit trou de vers dans la charpente font impression. Les carnations des visages et les matières soyeuses et brillantes des habits et de la colonne de marbre contrastent avec le rendu plus dense en couches plus épaisses des verts du paysage. Ces caractéristiques se retrouvent avec plus ou moins d’intensité dans bien des œuvres de Memling.

La Nativité de Dorotheum peut être rapprochée de deux autres triptyques du maître – celui de Jan Floreins conservé à Bruges et de celui de l’Adoration des Mages du Prado – tant au niveau du style que des motifs, de la thématique et de l’iconographie.  L’étude des dessins sous-jacents et les analyses comparatives confirment l’hypothèse selon laquelle l’œuvre a été produite par un collaborateur aguerri et très proche de Memling, à même de puiser dans son stock de modèles et de dessins avec la même sensibilité et habileté que lui. Certains évoquent même l’idée qu’il ait pu terminer une œuvre que Memling aurait laissée inachevée à son décès… Tout n’a pas (encore) été dit sur celui considéré par certains de ses contemporains comme le « maître le plus habile et le plus accompli de toute la chrétienté ».

 

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Atelier de Memling, Nativité, huile sur panneau, Dorotheum

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