Reinhoud d’Haese, Oreillard, 1991, cuivre, 213 x 105 cm, estimation 15-25.000 euros, lot 15, vente Piasa à Paris le 19 avril 2016 – www.piasa.fr

Le Favori toise la Dame bien née. Un Landais, le Centripète et l’Officier d’appontement se retrouvent aux côtés d’un joyeux Hep lui-même face à l’Echine de l’habitude qui, comme son nom l’indique, ploie. On fait des choses étranges quand on se sent vide dialogue avec le Fantasme exotique du début de la nuit… Pas de doute possible, ce bestiaire aux noms fantasques et aux allures hybrides est celui du Belge Reinhoud d’Haese dont une petite cinquantaine d’œuvres seront mises aux enchères chez Piasa le mardi 19 avril 2016. Créateur d’un univers attachant, Reinhoud fait partie de ces artistes dont la personnalité se confond avec l’œuvre. Devant ses sculptures, on s’exclame sans hésitation : « C’est un Reinhoud ! » Pour nommer ses œuvres, son prénom suffit.

Né à Grammont en 1928 dans une famille d’artistes, Reinhoud rejoint les Ateliers du Marais et le groupe CoBrA dès 1950. La toute puissance de la couleur et de la matière, l’éloge du geste, de l’expressionnisme et de l’imagination nourriront son art auquel il ajoutera une bonne dose d’humour et d’impertinence. En 1957, il remporte le Prix de la Jeune Sculpture Belge, ce qui lui permet de commencer à vivre de son art. Deux ans plus tard, il installe son atelier dans le village de Labosse en Picardie. C’est là qu’il donne vie à un bestiaire fabuleux, né des mondes imaginaires de CoBrA et ancré dans une tradition flamande.

Ses créatures étranges, parfois inquiétantes, font immanquablement penser à Bosch. Son monde est peuplé de créatures en cours de métamorphose. Leurs soudures sont les marques laissées par la genèse du métal inerte en être vivant, tandis que leurs titres sont de savoureux mots d’esprit inventés par son épouse Nicole. Reinhoud vit entouré de ses sujets. Il les invite à sa table, ils envahissent sa maison, se prélassent dans son jardin. Son peuple de métal – quand il n’est pas en mie de pain – prend tout d’abord l’aspect d’animaux.

Maylis Gazave, responsable du département sculpture de la maison française, passe en revue le développement de cet univers singulier, des années 1960 à 2007, date de son décès. Au début, « insectes, oiseaux et crapauds cohabitent prudemment. Puis des formes imparfaitement figuratives éclosent. Ces premiers rejetons ronds et enroulés sur eux-mêmes ne demandent qu’à s’épanouir. Des becs et des bras alors se déploient et ils deviennent, à la fin de la décennie, des humanoïdes aux grands yeux étonnés, qui peinent à se mouvoir et sourient d’un air gêné. Lorsqu’ils se redressent au cours des années 1980, leurs bras et leurs mains sont remplacés par des ailes, leurs visages sont lissés. La silhouette s’épure et devient virtuose : c’est une ligne posée dans l’espace. A la fin des années 1980, pour accompagner cette faune qui continue de naître, certaines formes se font plus végétales. Les sculptures prennent de la hauteur et s’épanouissent, ce sont des arbres larges et fantastiques ; une jungle exotique dans laquelle coexistent grands et petits monstres. Au cours des années 1990, les doigts et les bras s’allongent de nouveau. Dans la plénitude de son art, Reinhoud continue, jusqu’à son décès en 2007, de donner vie à des créatures malignes, ex-voto de nos angoisses du quotidien. »

Ce sont ces figures en laiton, en cuivre ou en céramique mais également des monotypes et des dessins à la plume que Piasa met à l’encan pour des montants allant de 2.000 euros (pour un monotype de Mouche de 1993, lot 46) à plusieurs milliers, comme ce Stretch out en laiton de 2003 (lot 48, 3.500-4.500 euros) ou cet étrange Oreillard de 1991 (lot 15, 15-25.000 euros). A chacun son chemin.

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Reinhoud d’Haese, Oreillard, 1991, cuivre, Piasa

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