On attend des artistes un regard. Autre, personnel, pénétrant… Il prend parfois une valeur scientifique, tel ce fut le cas des peintres de fleurs du XVIe siècle confrontés aux nouvelles espèces rapportées d’Orient comme la tulipe. Mais ne sous-estimez pas les peintres impressionnistes : la gigantesque exposition Painting the Modern Garden, à la Royal Academy, ne se limite pas à retracer la simple peinture de jardins, sujet très apprécié à la Belle Epoque. Elle dévoile l’aspect scientifique de cette passion pour les fleurs et plantes rares dans les jardins d’hiver comme les jardins d’été. On y découvre aussi des revues spécialisées et des lettres d’artistes plus soucieux de culture de dahlias que d’art parfois !

Cette exposition vient de Cleveland (USA) et est soutenue par un sponsor de poids, BNY Mellon. Et cela se voit. Rassembler 35 œuvres de Monet, dont quatre tableaux monumentaux, n’est pas à la portée du premier venu. Ajoutez à cela tout l’intérêt pour le jardin et l’étang de Giverny. Et cela n’a pas empêché de porter une grande attention à ses contemporains, qu’ils soient français ou européens. L’exposition porte sur Monet à Matisse et présente des œuvres de Manet, Morisot, Pissarro, Bonnard, Cézanne, Vuillard et somme toute peu de Matisse, n’étant pas un peintre paysager typique.

L’Europe à l’honneur

On est surpris par l’aspect européen de la sélection. La Belqique est riche à ce niveau, mais vous ne trouverez qu’un seul Ensor au catalogue. C’est une vue du jardin des Rousseau, famille qui a beaucoup soutenu l’artiste à ses débuts. Un tableau important – une simple brouette devant le jardin – qui est au Cleveland Museum of Art depuis 1950. Il n’a pas fait le voyage jusqu’à Londres.

Les Allemands et Espagnols sont en revanche très bien représentés, avec des artistes moins connus également. On y trouve Macke, Nolde, Gabriele Munter et Vassily Kandinsky, pendant leur passage à Murnau, ou Paul Klee. Les jardins que Max Liebermann peignit autour de sa villa près de la Wannsee, près de Berlin, occupent une grande place. On y découvre aussi des peintres moins réputés, tels Lotte Jacobi et Willy Lange. Ajoutons, pour les pays nordiques, un tableau de P.S. Kroyer qui représente La Muse au jardin, à Skagen, une colonie d’artistes au Danemark. Et une très charmante scène de famille qui prend l’air dans un jardin bien tenu en Suède, de Fredrik Krouten.

L’Espagnol Joaquin Sorella montre un grand parterre de fleurs d’où émerge le célèbre Louis Comfort Tiffany qui vous regarde en peignant. Ces quelques exemples soulignent la dimension internationale de l’exposition. Le catalogue retrace bien la filière botanique, une vraie mode à l’époque.

Painting the Modern Garden, Monet to Matisse
Royal Academy of Arts
Londres
Royaume-Uni
Jusqu’au 20 avril
www.royalacademy.org.uk

Matisse-TheRoseMarbleTable

Henry Matisse, The Rose Marble Table, Issy-les-Moulinaux, 1917, MOMA NY, Photo The Museum of Modern Art/Scala, Florence/ Succession H. Matisse/DACS

JoaquinSorolla-Louis-Comfort-Tiffany

Joaquin Sorella, Louis Comfort Tiffany, 1911, Hispanic Society of America, NY, Photo Courtesy of The Hispanic Society of America

Kandinsky-Murnau-LeJardinII

Kandinsky, Murnau, Le Jardin II, 1910, Merzbacher Kunststiftung, Photo Merzbacher Kunststiftung

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.