Après Marie-­Jo Lafontaine, Koen Vanmechelen et Hans Op de Beeck, c’est le plasticien belge Jean-­Luc Moerman qui s’essaye cette année à la vie de château, le temps d’une pause saisonnière. Le romanesque château de Chimay, fleuron élégant du Hainaut, a toujours su porter haut les couleurs des arts ; la Princesse Françoise de Chimay a donc tout naturellement ajouté à la partition sa note personnelle en décidant d’ouvrir le château, depuis 2013, aux grandes figures de l’art contemporain. Cette année, c’est Jean-Luc Moerman qui est à l’honneur.

Exposé internationalement, l’homme a su conquérir les jeunes générations et les amateurs d’art par son style reconnaissable entre tous. Un travail actuel qui se nourrit de la culture de la rue. Inspiré de l’art du graphe, du tag et du graffiti, du hip hop mais aussi des mangas japonais, il vous immerge dans un monde presque science-fictif qui bannit toute volonté de représentation.

Ses formes abstraites et organiques, ses entrelacs de lignes complexes et énergiques en perpétuel mouvement, ses débordements hors cadre irriguent les yeux qui les regardent. Ainsi déclinés sur de multiples supports, ces amas entrelacés se disséminent et se propagent tel un virus visuel en une infinité de tatouages urbains. Ils envahissent fenêtres, murs, espaces et carcasses de voitures. Vous les retrouvez aussi dans l’univers très lifestyle d’un magazine, parant les mannequins de ses atours de collages peints. « Un dessin n’est jamais raté », dit l’artiste. Celui de Moerman se trace au quotidien dès le matin en un rituel sur les grands rouleaux de papier déployés dans son atelier. Garder la main, ne pas perdre les formes.

A Chimay, Moerman affiche sa totale liberté et s’affranchit du rythme effréné du travail pour marquer pauses et silences. Le temps se fait médium. Aux exigences astreignantes d’un marché de l’art qui exige la production rapide, il lance une invitation au temps en suspension. Dans le cadre séculaire du château, Jean-Luc Moerman rompt avec l’immédiateté de nos sociétés qui courent après son étalon jamais rattrapé, rêvant à l’illusoire éternité promise par les dogmes assommants et les egos vrombissants. Son travail rythme architecture et mobilier de ses interventions parfois légères, parfois superficielles, tout en surface. Temps, couleurs, matières et motifs ainsi s’entrecroisent, se séparent ou se toisent, s’en allant fluctuants jusqu’à se courber autour de la silhouette de la Princesse des Lieux avant de s’échapper, intrigants, en rampant le long du mur de l’escalier vers un étage bien mystérieux.

Du théâtre à la Maison des Artistes

Statique et forte, une armure d’époque rutilante dans ses couleurs de voiture tunée fait face au magnifique petit théâtre à l’italienne. Dans cet écrin, suspendue à sa propre lumière, une forme de papier découpée et d’or colorée semble flotter entre ciel bleu baroque et rouge capiteux. Alors que dans leurs alcôves, sous le balcon, les représentants de la grande lignée des Chimay semblent extraits de leur postérité par quantité des petits tatouages. Sur la scène, un tapis pose sa forme organique de laine et de soie sous les cintres lourds de leurs décors accrochés.

Dans la Maison des Artistes, des tatouages sur vélo et sur toiles sont également présentés pour la première fois au public. Dans une autre salle, les projets d’habillage pour une future édition limitée de la bière de Chimay. Le cadre historique du château, contrairement à la white box d’une galerie, souligne le « caractère éphémère, organique et mortel des éléments. » Kate Moss imprimée sur sa planche à roulettes n’est-elle pas habitée des mêmes questions?

La viralité de son empreinte, Jean-Luc Moerman la transmet par le geste. Ainsi libre, sa main en pleine conquête d’espaces, d’objets, de matières vivantes trace ces entrelacs organiques déclinés à l’infini. La contemporanéité se fraie doucement un passage. La démarche de l’artiste s’inscrit tel un rite presque enfantin qui plaque ses décalcomanies éphémères sur une histoire millénaire. Ses œuvres habillent, habitent, peuplent autant qu’elles colonisent. Seule Joséphine trottine et trottine encore à petits pas frétillants de petit chien, arpentant le château de la cour au salon, indifférente à ce qui se passe. Ainsi se crée le rythme nouveau scandé par un métronome qui bat sa mesure et ses silences entre histoire et modernité ainsi réunis pour la postérité.

Jean-Luc Moerman
The Transgenerational Virus
Château de Chimay
14 rue du Château
6460 Chimay
Jusqu’au 31 juillet 2016
www.chateaudechimay.be/

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Jean-Luc Moerman, Portrait tatoué de la Princesse Françoise, (c) Jean-Luc Moerman, (c) photo Nathalie Gabay

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Jean-Luc Moerman, installation dans le théâtre du Château de Chimay, 2016, (c) Jean-Luc Moerman, photo Château de Chimay

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Jean-Luc Moerman, intervention sur fenêtre du Château de Chimay, 2016, photo Eric Mabille

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Jean-Luc Moerman, Vue de l’exposition, 2016, (c) Jean-Luc Moerman, photo Château de Chimay

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Jean-Luc Moerman, Armure Out Of Time, 2008, (c) Jean-Luc Moerman, photo Eric Mabille

 

 

 

 

 

 

 

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Jean-Luc Moerman, portrait tatoué de Princesse, (c) Jean-Luc Moerman, photo Château de Chimay

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Jean-Luc Moerman, vue de l’exposition, Vélo de course Colnago tatoué, photo Eric Mabille

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Jean-Luc Moerman, planche de skateboard, Sans titre, 2015, photo Eric Mabille

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Jean-Luc Moerman, vue de l’exposition, 2016, (c) Jean-Luc Moerman, photo Château de Chimay

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Portrait de Jean-Luc Moerman, (c) Jean-Luc Moerman, photo Château de Chimay

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