Independent Brussels, petite sœur de l’édition new-yorkaise et pour la première fois en Europe, vient de s’ouvrir ce mercredi. Sous l’immense et lumineux patio au centre des magasins Vanderborght, collectionneurs, VIPs et journalistes se pressaient dès midi dans une ambiance joyeuse et vivifiante. Soixante galeries sélectionnées par les organisateurs, des espaces très ouverts, une ambiance pro, un projet axé sur les galeries, en dialogue avec elles.

Elisabeth Dee, cofondatrice de la foire, expliquait ce 20 avril au Quotidien de l’Art : « Depuis le premier jour, nous sommes une foire organisée par des galeries pour des galeries. Nous ne changerons jamais notre philosophie. Nous voulons désormais faire partie de Bruxelles qui est devenue le nouveau Berlin. De nombreux artistes et curateurs de New York, Londres et même Berlin viennent y vivre. La ville a changé de visage en cinq ans. De nouveaux lieux s’y ouvrent. Il y a en plus en Belgique un socle de collectionneurs multifacettes, des collectionneurs traditionnels, d’autres internationaux, des entrepreneurs, des membres de l’Union européenne. » Petit tour d’horizon avec deux plumes de la rédaction.

Le regard de Muriel de Crayencour

Ah, l’audace et la fougue de la jeunesse ! Ouvrir une foire new-yorkaise au cœur de l’Europe, pourquoi pas ? Très très jolie surprise que cette nouvelle venue. Beaucoup d’enthousiasme, un petit air très new-yorkais, pas de prise de tête, six étages de galeries dans des espaces très ouverts. Même s’il y a des artistes phares, ils ne sont nullement présentés comme des trophées. L’offre est généreuse, directe, frontale, sans complexe. C’est le « Hi, it’s me! » souriant des Américains de New York !

Au fil de la visite, on découvre avec gourmandise beaucoup de petits formats, beaucoup de peintures… Ici, les artistes des différentes galeries entrent en dialogue. Les espaces sont ouverts, pas de stands fermés sur trois côtés – voire quatre avec juste une petite porte ! On circule d’une œuvre à l’autre, juste entraîné par son œil. Beaucoup d’œuvres sur papier, aussi, du petit dessin crayonné aux grands formats, de la peinture minuscule à l’immense toile marouflée d’un papier peint puis déchiré, ne laissant que des lanières colorées (Secundino Hernandez chez Mutias Centeno).

Démarrons avec les toiles colorées de fleurs et de fruits de Sadie Laska, de la galerie Canada, de New York. En face, et dialoguant sans souci, les aquarelles aux multiples visages de Nicolas Party, à la galerie Gregor Stauger. Chez Société, galerie berlinoise, Jeanette Mundt offre une sorte de revival de Gauguin, et deux très belles aquarelles. On avait pu voir le tarot de Marcel Miracle dans la vitrine de J.a.p., au Rivoli Building, le voici avec de très beaux dessins sur cartes géographiques imprimées. Pointons une minitoile avec la phrase This is the only thing to see there, de Laure Prouvost.

Elena del Rivero est une artiste espagnole majeure. Durant sa résidence à Bellagio, la Fondation Rockefeller en Italie, en 2006, elle commence la série L’Amour propre dont on peut voir quatre magnifiques pièces – papiers déchirés, aiguilles, fils – à la galerie Travesia Cuatro. Carton ondulé, collé en couche, redécoupé et peint en couleurs vives pour créer des formes ludiques : c’est Guy Goodwin, pour la galerie Brennan & Griffin, New York.

Office Baroque a installé sur un long mur un patchwork très réussi d’artistes, curaté par Jan de Cock. Un espace retient notre attention, c’est celui de deux galeries, l’une Cahn, spécialisée en objets antiques, et l’autre Jocelyne Wolff, en art contemporain. Les deux mélangent œuvres et pièces d’art, en une présentation très narrative. On y retrouve Francesco Tropa qui nous avait enchantée à La Verrière Hermès en 2013 avec TSAE – Trésors Submergés de l’Ancienne Égypte ; mais aussi Franz Erhard Walther qu’on avait découvert au Wiels en 2014. Chez CLEARING, deux grands totems de liège brûlé et peint, de Huma Bhabha. D’autres totems, un bleu et un rouge, de Stephen G. Rhodes, chez Isabella Bortolozzi, de Berlin. Mais encore, trois collages colorés sur partitions de Tim Rollins and K.O.S. chez Maureen Paley, Londres.

Amoureux des œuvres textiles, voici deux délicates propositions de Anne Mazei à la Galeria Jaqueline Martins. Ou une longue toile noire sertie de boutons noirs, de Joël Andrianomearisoa à la galerie parisienne Magnin-A. Finissons avec l’édition Next Day A2, 20 impressions Inkjet de Doug Ashford, sublimes, présentées posées sur une table par la galerie Wilfried Lentz, qu’on aurait bien emportées directement.

Independent Brussels apporte un vent de fraîcheur à Bruxelles. Elle élargit l’offre en proposant un autre style de foire, qui complète ce que nous avions déjà. On peut sans hésiter écrire qu’elle bouleverse l’équilibre des différents shows d’avril. C’est bien et on aime !

La sélection d’Elisabeth Martin

Les galeries basées à Bruxelles ne manquent pas d’atouts. Retenons le stand de Micheline Szwajcer qui a invité un florilège de grands noms belges. Elle nous régale d’Olympia, une vidéo récente de David Claerbout. Fasciné par le passage du temps, il filme ici la lente dégradation du Stade olympique de Berlin construit pour les J.O. de 1936. A côté, Lili Dujourie (Dimanche après-midi à Berlin), Ann Veronica Janssens (Moonlight) – mes préférées – ainsi que Guy Mees, Marthe WéryKoenraad Dedobbeleer, Jos De Gruyter et Harald Thys.

Notre première émotion visuelle vient de Midsummer Night’s Dream (after Shakespeare and Mendelssohn) : trois magnifiques œuvres du collectif Tim Rollins and K.O.S. (Kids of Survival) fondé en 1980 retiennent l’œil aux cimaises de la galerie londonienne Maureen Paley. Quel éclat et quel impact que ces envolées de couleurs sur des partitions musicales ! Ancien enseignant dans le Bronx, Tim Rollins compose avec ses étudiants une interprétation picturale et visuelle qui s’appuie sur des textes classiques de la littérature. Une belle manière de tisser des liens entre culture de rue et culture classique, entre enseignement et créativité. A côté, un magnifique autoportrait en noir et blanc du photographe américain Peter Hujar (1934-1987). Affirmé. Très intime. Sans doute le cliché le plus fort de cette foire.

Au quatrième étage, découverte chez Air de Paris de l’artiste américain Joseph Grigely (Massachusetts, 1956). Son travail relève de la haute voltige. Atteint de surdité suite à un accident d’enfance, il remplace le langage par la communication manuscrite. Grigely se plonge dans l’art en 1992. Son œuvre repose tout d’abord sur des conversations écrites suite à un échange de cartes postales avec Sophie Calle. L’idée de communication et d’échange cristallise désormais toute sa création. Ce vieux poêle fait de résine immaculée, tout simple, n’est pas sans évoquer la chaleur des veillées et la joie sécurisante des bavardages entre amis. Quand on connaît l’histoire de Grigely, l’œuvre prend ici tout son sens. Il y affirme une stature exceptionnelle d’artiste avec toute la force poétique et humaine de l’art !

L’exposition solo de Sadie Laska (1974, West Virginia) chez Canada célèbre peinture et objets jetés au rebut. Des compositions anarchiques qui débordent d’énergie et d’intensité !  Nous avons aimé le peintre allemand Helmut Middenhorf (1953) chez Eleni Koroneou Gallery. Pointons également la galerie londonienne The approach et les collages de l’artiste conceptuel britannique John Stezaber (1948). Surréalistes, mystérieuses superpositions de paysages et de visages ou bien de plusieurs visages d’acteurs. Notons pour finir la collaboration de Project Native Informant et de la galerie berlinoise Société. Ils montrent le collectif AYR ainsi que le travail de l’artiste berlinoise Jeannette Mundt.

Independent Brussels
Magasins Vanderborght
50 rue de l’Ecuyer
1000 Bruxelles
Jusqu’au samedi 23 avril
www.independenthq.com

Secundino-Hernandez

Secundino Hernandez, Murias – Centeno

Nicolas-Party

Nicolas Party, Galerie Gregor Stauger

Doug-Ashford

Doug Ashford, Wilfried Lentz

Anne-Mazei

Ana Mazei, Galeria Jaqueline Martins

tim-rollins

Tim Rollins, Maureen Paley Gallery

huma-bhabha

Huma Bhabah, Clearing

Andrianomearisoa

Joël Andrianomearisoa, galerie Magnin-A

 

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