« Veuillez donc supprimer mon nom de votre anthologie. »
« 
Je vous prie en conséquence de bien vouloir renoncer à votre projet me concernant. »
« Donc refus catégorique (…). »
« La lumière de Lisbonne est belle mais c’est non. »
« Je vous prie de ne présenter aucune œuvre de moi à votre exposition. »

Rassemblées dans un livre titré Donc c’est non (Gallimard), les lettres de Henri Michaux  (1899-1984) à ses éditeurs, aux académies et autres intervieweurs sont un long poème en soi. Elles sont la marque de cet écrivain, poète, peintre, né à Namur et naturalisé Français en 1955, qui s’insurgeait qu’on essaie de traquer son image. Très tôt il se met à l’écart, s’arrange pour qu’on ne le voie pas sur la scène publique. « J’écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie », affirmait Henri Michaux dans Passages (1950). Toute l’œuvre de ce poète consiste alors en une périlleuse traversée de ce qu’il appelle l’espace du dedans.

Qu’aurait-il pensé de la lumineuse exposition monographique que lui offre aujourd’hui la Bibliotheca Wittockiana, en partenariat avec Wallonie-Bruxelles International et le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris ? Peu de bien, sans doute. Pourtant c’est un régal de sillonner son œuvre au fil de ses écrits – livres et lettres, ainsi que celles de ses amis avec lesquels il correspond – et de ses dessins et aquarelles. Au-delà des encres qu’on connait bien, abstractions chantantes, presque écritures, vives, traçant çà et là des silhouettes aux fines pattes, ce qui est à découvrir ici ce sont ses aquarelles et huiles sur papier. De très nombreux visages ou évocations de visages, aux yeux hagards, aux contours flous.

Ces petites peintures sensibles et fortes sont mises en dialogue avec des extraits de livres de Michaux. Ainsi, « Son père s’effaçait parfois comme une tache. Il avait aussi de ces énervements terribles, douloureux et extrêmement rares comme en ont les éléphants lorsqu’ils s’abandonnent à la colère comme une bagatelle. » (Un certain Plume). « Dessinez sans intention particulière, griffonnez machinalement, il apparaît presque toujours sur le papier des visages », écrivait-il. Ce visage, serait-ce le sien ou celui de l’angoisse et de la colère que l’on sent aussi dans ses lettres ? Cherche-t-il, dans le geste du pinceau, sa place parmi les humains ?

Exposé pour la première fois en 1937, Henri Michaux ne cessera ensuite de travailler, à tel point que sa production graphique prendra en partie le pas sur sa production écrite. Durant toute sa vie, il pratiquera autant l’aquarelle que le dessin au crayon, la gouache que la gravure ou l’encre. Il s’intéressera également à la calligraphie qu’il utilisera dans nombre de ses œuvres. Ce désir profond de disparition, ou de non-apparition, pour mieux consacrer tout son être à l’étude de ses paysages intérieurs, était un acte radical, un refus de danser au milieu des falbalas du milieu littéraire et artistique. Une plongée s’impose.

Henri Michaux
Face à face
Bibliotheca Wittockiana
23, rue du Bemel
1150 Bruxelles
Jusqu’au 12 juin
Du mardi au dimanche de 10h à 17h
http://wittockiana.org/

henri-michaux-4

Henri Michaux, photo Paul Facchetti

 henri-michaux-10

Henri Michaux, Coll. privée, (c) SABAM Belgium 2016

henri-michaux-9

Henri Michaux, Coll. privée, (c) SABAM Belgium 2016

henri-michaux-7

Henri Michaux, Coll. privée, (c) SABAM Belgium 2016

henri-michaux-6

Henri Michaux, Coll. privée, (c) SABAM Belgium 2016

henri-michaux-5

Henri Michaux, Coll. privée, (c) SABAM Belgium 2016

henri-michaux

Henri Michaux, Coll. privée, (c) SABAM Belgium 2016

henri-michaux-3

Henri Michaux, Coll. privée, (c) SABAM Belgium 2016

henri-michaux-2

Henri Michaux, Coll. privée, (c) SABAM Belgium 2016

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.