Si, pour mesurer le succès d’une foire internationale d’art contemporain, il suffisait de compter le nombre d’événements satellites qui viennent se greffer autour d’elle, Art Brussels prend cette année encore plus d’ampleur. Astre solaire au centre d’une galaxie d’événements, la foire belge fête ses 34 ans et se déplace à Tour & Taxis, au cœur de la capitale amoureuse des arts visuels. Depuis plusieurs mois, l’arrivée de la foire new-yorkaise Independent est annoncée. Véritable concurrent de la foire bruxelloise, elle a secoué la tranquille hégémonie d’Art Brussels. C’est plutôt une bonne nouvelle pour les passionnés. 

Ajoutons Poppositions, petite foire ultra-pointue, dont c’est la cinquième édition, et une nouvelle venue, Yia Art Fair, venue de Paris. Complétant le paysage, la foire OFF Course change encore une fois de nom et s’appelle cette année la Off Course Young Contemporary Art. Dans cette galaxie, place aussi à pléthore de futures étoiles, événements OFF suggérés par les grands, ou OFF OFF se déployant sans tuteur. Un programme à la fois alléchant et dingue. L’occasion de s’en mettre plein les mirettes. Petit tour d’horizon.

Art Brussels, astre solaire

Art Brussels quitte le Heysel et s’installe à Tour & Taxis, un lieu plus accessible et plus citadin. L’espace un peu réduit l’a obligée à diminuer le nombre d’exposants. Katarina Gregos, directrice artistique : « Cette année, le programme artistique est porté par l’exposition Cabinet d’Amis : The Accidental collection of Jan Hoet. » Construite autour de la collection du fondateur et directeur du S.M.A.K., à Gand, mais aussi commissaire de nombreux événements internationaux tels que la Documenta de Cassel en 1992, elle déploie un nombre d’œuvres impressionnant. Beaucoup sont des dons des artistes, ce qui rend sa collection non intentionnelle, presque née du hasard. Au côté d’œuvres, notamment de Joseph Beuys, Marlene Dumas, Richard Prince, une documentation sous forme de photographies, dessins, ébauches d’artistes, collages, objets, correspondances – lettres, notes, cartes postales, fax –, jamais exposée, rend le propos passionnant.

C’est la quatrième année qu’Art Brussels offre une visibilité à des espaces d’art contemporain non lucratifs. Cette année, les participants viennent de toute l’Europe. Il s’agit de Black Market (Bruxelles), Bureau des Réalités (Bruxelles), DOC* (Paris), EKK – Contemporary Art Museum Estonia (Tallin), HISK (Gand), Espace Khiasma* (Paris), Nest (La Haye) et State of Concept (Athènes). Pointons aussi le projet immersif que l’artiste autrichien Peter Kogler a conçu pour le Lounge ING, en écho à sa très belle expo à l’ING Art Center, dont nous vous parlerons la semaine prochaine.

Cette année, 140 galeries, de 28 pays, en trois sections : Prime, avec les brontozaures, 98 galeries ultra-établies, Discovery avec 30 galeries présentant des artistes émergents. Et Rediscovery – 15 galeries – dédié à l’art de 1917 à 1987. Une belle manière de mettre l’art actuel dans la perspective de l’histoire de l’art. Car, n’en déplaise à certains, même les créations les plus actuelles se nourrissent de racines profondes dans une histoire commune de l’art. Ajoutons-y 24 solos dans des espaces de 25 m². Voilà de quoi vous faire une belle journée.

Independent, de New York à Bruxelles

Créée en 2010 à New York, Independent entend redéfinir les méthodes traditionnelles de présentation et de visualisation et l’expérience de l’art. Un programme ambitieux qui se déploie pour la première fois en Europe, du 20 au 23 dans le bâtiment Vanderborght à deux pas de la Grand-Place. La foire possède un lieu d’exposition permanent, Independent Régence, qui ouvre dès ce soir deux expositions présentées par Nature Morte Gallery, un solo d’Asim Wakif et une collective, The Drosde Effect.

Juste à côté, au Mont des Arts, dans le bâtiment Dynastie, Off Course ne présente plus que 11 galeries, dont celle de son organisateur, Antonio Nardone. Mais elle a le mérite d’offrir des espaces aux écoles d’art, dont, notamment, la Gerrit Rietveld Academie, l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, l’ERG, l’ENSAV La Cambre, la Koninklijke Academie voor Schone Kunsten van Antwerpen ou le 75.

Dans le bas de la ville

Repartons vers Molenbeek, où une bombe artistique vient de voir le jour, le Mima, qui, pour son week-end d’ouverture, a accueilli 4000 personnes, soit 12 % de leur objectif pour la première année ! On a d’ailleurs vu sur les réseaux sociaux une file de plus de 200 mètres devant les portes le premier jour.

A cinq minutes à pied de Tour & Taxis, Poppositions prend ses quartiers dans une ancienne blanchisserie, LaVallée. Le thème de sa cinquième édition, The Wrong Side, prend comme point de départ la situation socio-géopolitique en Europe et à travers le monde. En ces temps de crise, la notion de frontière devient hautement polémique, soulevant de nombreuses questions. Que pourrait signifier se situer du bon ou du mauvais côté du marché, de l’histoire, de la modernité, de la prospérité économique, etc. ? Toujours très pointue, Poppositions offre une visibilité à plus de 25 galeries ou projets, dont Archiraar et IDK Contemporary, deux galeries bruxelloises que nous aimons beaucoup.

Yia Art Fair est un salon d’art parisien, tourné vers l’émergence et la jeune création. A l’heure de sa cinquième édition à Paris, il ouvre ses portes pour la première fois à Bruxelles, à Louise 186, bâtiment qui depuis quelques mois et au moins jusqu’en juin offre décidément une belle programmation. On y retrouvera dès mercredi soir Feizi, Mazel, Archiraar, Pierre Hallet pour les galeries bruxelloises, ainsi que la nouvelle venue – dans l’ancienne galerie Paris-Beijing – La Forest Divonne, mais aussi Van De Weghe, d’Anvers, et beaucoup de galeries parisiennes.

Parcourir la cité

En ville, c’est la Gallery Night mercredi 20 de 18h à 21h chez 23 galeries participant à Art Brussels mais aussi au Rivoli Building et dans d’autres lieux, comme, notamment, au Hangar H18, avec la collective de la galerie parisienne Suzanne Tarasiève.

La sélection des OFF d’Art Brussels est toujours de grande qualité. Pointons Trois collectionneurs, autrement #3, chez Eté 78, Not Really Really, première exposition de la collection de Frédéric de Goldschmidt, curatée par lui-même et Agata Jastrząbek. Mais aussi Forever Young, d’un autre grand collectionneur, Alain Servais. Chez Vanhaerents, cela fait plusieurs mois que les heures d’ouverture ont été élargies. Le bâtiment industriel qui accueille la magnifique collection de ce passionné que nous avions rencontré à Venise reste un must dans un parcours de visites.

D’autres expos encore, par exemple au Bureau des Réalités ou à Dautzenberg 70, pour l’expo Belgian Blue Blood qui a déjà fait courir les mondains, avec des portraits réalisés par l’artiste photographe anglais Rip Hopkins. Une petite sucrerie… et de très beaux portraits. Pourquoi se priver ? Au Parc Tournay-Solvay, l’Espace Européen pour la sculpture présente les sculptures de Joep van Lieshout (jusqu’en septembre) dans le cadre de la présidence hollandaise de l’Union Européenne.

On ne citera pas les divers musées et centres d’art. Notons tout de même que La Patinoire royale ouvre sa nouvelle expo à la presse à la même date et aux mêmes heures qu’Art Brussels, avec une rétrospective majeure consacrée à deux créateurs hors du commun, Jean Prouvé, constructeur français de génie, et Takis, sculpteur grec adepte des champs magnétiques. Alors que Maison Particulière, avec Everybody is crazy, but me, ouvre à la même date et aux mêmes heures que Independent. Pourquoi ? Parce que. Suggestion pour l’année prochaine : ouvrir une semaine avant, pour faciliter le travail des journalistes, épargner leurs petits petons et, éventuellement, leurs neurones. Cela ne changera rien à la visibilité de l’événement, bien au contraire !

Tant de choses à voir en si peu de jours. Au-delà de l’affolement du marché de l’art, entre autres via ces foires d’art, rappelons que si certaines œuvres vous semblent inaccessibles, par leur complexité, leur multiplicité ou leur prix, l’essentiel est que vous vous offriez la possibilité d’y avoir accès, en profitant de cette semaine de visites. L’art, c’est comme l’amour, l’important, c’est de créer une connection de cœur, d’esprit ou d’âme entre vous et la chose regardée. Bonne chance !

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