Né en 1599 à Anvers, Antoine van Dyck fut un redoutable portraitiste qui passa une grande partie de sa vie comme peintre officiel à la cour de Charles Ier d’Angleterre. Nous avons la chance d’avoir de nombreuses œuvres de lui dans les grands musées européens. C’est au tour des New-Yorkais de redécouvrir cet influent portraitiste, dans une exposition monographique – la première depuis 20 ans aux Etats-Unis – qui vient de s’ouvrir à The Frick Collection, The Anatomy of Portraiture.

Au travers d’une centaine d’œuvres se décrit le développement stylistique de ce dessinateur et peintre, qui fut brièvement assistant de Rubens, de 16 à 19 ans, pour prendre rapidement son envol. Son savoir-faire et sa virtuosité sont à leur pleine ampleur à 20 ans à peine. L’exposition, construite chronologiquement, montre un artiste qui s’épanouit à travers ses voyages vers l’Italie et la France, pour s’installer finalement à la cour d’Angleterre. Durant ces six années en Italie, il se confronte aux grands maîtres de la Renaissance.

Le portrait du Cardinal Guido Bentivoglio, prêté par la Galleria Palatina du Palazzo Pitti à Florence, est un parfait exemple du talent de van Dyck à peindre des visages pleins de personnalité, à la carnation toujours subtile, ainsi que de sa virtuosité à rendre les matières. Le cardinal, représenté assis bien droit sur sa chaise, tourne pudiquement la tête vers la droite, le regard perdu vers on ne sait quoi. Son corps est enfoui dans la masse de plis moirés de sa robe de taffetas rouge. Il porte des manches et un parement de dentelle blanche subtilement rendue. Ses mains, blanches et délicates, tiennent un document dont les plis droits contrastent avec la souplesse des plis alanguis des tissus. L’arrière-fond, sombre, est un enchevêtrement de tissus et de bois. De cet ensemble si incarné, le visage du cardinal exprime l’élévation, la distance, la désincarnation de l’homme d’Eglise.

Pour le portrait de son épouse, Mary, voici encore cette peau si blanche, transparente, qui semble aspirer toute la lumière. Les yeux lancent un regard coquin, la bouche est petite et rouge. Les perles que Madame van Dyck porte au cou et aux oreilles confirment la sophistication nacrée de la carnation. Les mains ont entamé un geste vif, gracieux et le tissu de sa robe bleue déploie de subtils reflets. Voyons encore le tableau James Stanley, Comte de Derby, avec sa femme Charlotte, et leur fille. Ils se tiennent droits, dignes, tout emballés dans leurs vêtements d’apparat. Charlotte tourne les yeux vers le spectateur, légèrement méfiante. Le comte est plutôt occupé à montrer sa prestance et son meileur profil. Seul le regard de la petite fille se plante dans le nôtre, sans crainte ni timidité. Elle porte une jolie robe, tient ses mains jointes comme on le lui a demandé, mais les lèvres tracent le début d’un sourire coquin. Ainsi, quatre éléments se retrouvent toujours dans les portraits de van Dyck : cette posture droite, bien plantée, traçant une verticale précise qui traverse toute la toile ; la carnation claire et lumineuse ; le regard, qui donne le ton du caractère, précise une personnalité ; et le riche travail des matières. L’exposition intègre quelques œuvres de ses pairs, Rubens, Jordaens, Peter Lely. Un détour par New York ?

van Dyck
The Anatomy of Portraiture
The Frick Collection
New York

Jusqu’au 5 juin
http://www.frick.org/

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Antoine van Dyck, Mary, Madame van Dyck, née Ruthven, ca. 1640, Museo Nacional del Prado, Madrid

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Antoine van Dyck, James, septième Comte de Derby, son épouse Charlotte et leur fille, ca 1636, The Frick Collection, Henry Clay Frick Bequest, photo Michael Bodycomb

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Antoine van Dyck, la Reine Henrietta Maria avec son nain, Jeffery Hudson, 1633, National Gallery of Art, Washington, Samuel H. Kress Collection

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Antoine van Dyck, le Prince William d’Orange et Mary, Princesse royale, 1641, Rijksmuseum, Amsterdam

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Antoine van Dyck, Charles Ier et Henrietta Maria tenant une feuille de laurier, (1632 – 1634), AMK Kroměříž

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