Il suffit de modifier un détail du passé pour que les conséquences sur la signification d’une œuvre soient importantes. C’est l’effet papillon appliqué à l’histoire de l’art. Relire l’histoire de l’art, croiser l’art ancien, moderne et contemporain, c’est ce que fait Pierre-Olivier Rollin pour la nouvelle exposition au BPS22. A partir des collections de la Province du Hainaut, Uchronies joue à réinventer de nouvelles filiations artistiques pour produire d’autres histoires, distinctes de l’histoire officielle.

L’uchronie est un récit basé sur la réécriture de l’Histoire et qui permet d’imaginer le monde si un évènement passé avait eu une autre issue. Ce grand chambardement du discours officiel, ces fouilles dans les trésors du passé (œuvres, archives, etc.) est une grande tendance. On avait pu voir plusieurs artistes déterrer ainsi des archives familiales ou officielles à l’Iselp en mai 2014, mais aussi plus récemment Vincent Meessen à la Biennale de Venise 2015 et pour le moment au Wiels avec son exposition Sire, je suis de l’ôtre pays. Ici, c’est le commissaire de l’exposition et directeur des lieux qui puise avec délices dans les réserves des collections, riches de plus de 6000 œuvres couvrant plus d’un siècle de création locale, régionale et internationale, offrant à notre regard une mise en dialogue personnelle et riche.

La première salle traite des mythologies politiques. En son centre, on a placé Le Marteleur de Constantin Meunier, l’ouvrier présenté comme un héros mythologique, grand, musclé, fier, éventuellement écrasé par le destin et non pas par le capitalisme ! Vus comme ça, les bronzes de Meunier prennent une toute autre saveur. Un dessin du collectif Art & Language, une peinture de Magritte dans sa période vache, peu connue, un grand format de Fromanger. Une réinterpétation du socle pour sculpture par Didier Vermeiren. Ainsi, sont décodées, non sans humour, les mythologies politiques.

Ailleurs, titre emprunté à un recueil de poèmes d’Henri Michaux, mêle des œuvres de Jacques Charlier, Barthelemy Toguo, Alieghiero e Boetti et d’autres. Sur le thème de la fragilité et de l’evanescence, Louis Buisseret voisine avec Edith Dekyndt.

L’immense halle accueille Paysages Métalliques avec, en son centre, une installation de l’artiste américain Banks Violette, une sorte de scène de concert entièrement recouverte de sel, qui fait comme une couche de gel, donnant à l’œuvre un aspect arrêté dans le temps. Elle voisine avec un paysage industriel de Pierre Paulus (1881-1959) et une peinture de Michel Frère : terre labourée, meurtrie.

Etonnamment, une photographie d’Andres Serrano – dont une très belle exposition vient de s’ouvrir aux Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles – un pied marqué d’une blessure rouge vif, fait parfaitement le lien entre ces paysages torturés et la section suivante, dédiée à la femme. Une sculpture noire – qui peut se déplier – de Tapta, est posée sur le sol, comme un corps alangui. Une très belle vidéo de Maria Thereza Alves présente des femmes nues reprenant les poses classiques des femmes dans la peinture classique. Classique aussi, un portrait de femme à la robe rouge fait face aux œuvres d’artistes femmes comme Marthe Wéry ou Cindy Sherman.

Les perspectives ouvertes par Uchronies sont passionnantes. Chaque œuvre s’éclaire du reflet de celle qui l’accompagne ou la suit, en un chant choral qui peut se déguster en un festin tant formel qu’intellectuel et philosophique. Y aller !

Uchronies
BPS22
22 Boulevard de Charleroi
6000 Charleroi
Jusqu’au 29 mai
Du mardi au dimanche de 11h à 19h
www.bps22.be

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Vue de l’exposition Uchronies, 2016, Cindy Sherman, photo Donald Van Cardwell

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Banks Violette, Sunno))) / (Repeater) Decay / Coma Mirror, 2006, Collection de le Province du Hainaut en dépôt au BPS22, photo Donald Van Cardwell

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Vue de l’exposition Uchronies, 2016, Barthélémy Toguo, François Curlet, photo Donald Van Cardwell

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Vue de l’exposition Uchronies, 2016, Boris Thiebaut et Sven T’Jolle, photo Donald Van Cardwell

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Vue de l’exposition Uchronies, 2016, Constantin Meunier, photo Donald Van Cardwell

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Vue de l’exposition Uchronies, 2016,Emile Desmedt, Michel Frère, photo Donald Van Cardwell

 

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