Lee Ufan, From Point/ (in Paris), N°770119, 1977, toile, 65 x 81 cm, estimation 150-180.000 euros, lot 263, vente chez Bernaerts le 15 mars 2016 – www.bernaerts.be

Les ventes de printemps chez Bernaerts comprennent notamment une collection moderne inédite où voisinent Jef Verheyen et Lee Ufan tandis que Frits Van den Berghe se retrouve face à Satish Gujral. De l’éclectisme dans le temps et l’espace, avec des pièces belges pur jus – Vic Gentils ou Pierre Alechinsky – et d’autres provenant de pays plus lointains : l’Inde, la Corée, l’Amérique du Sud. La base de cette collection est anversoise tout comme le lieu de sa dispersion, dans la foulée des ventes de mars chez Bernaerts, Verlatstraat non loin du M HKA. Rassemblée dès les années septante, cette collection privée est le fait d’un amateur dans le fond de l’âme, séduit par le travail d’artistes alors débutants. L’homme a vu juste puisqu’entretemps pas mal d’entre eux sont exposés dans de grandes galeries quand ils ne s’échangent pas dans les salles de ventes internationales. Pourtant, aux dires de Peter Bernaerts, l’homme a collectionné sans but lucratif, par pure passion. La manne qu’il a confiée à la maison anversoise a de quoi titiller les papilles des amateurs, avec certaines œuvres de qualité muséale. Les estimations sont en conséquence : 100-150.000 euros pour La petite Eve (1905), une magnifique toile de la période impressionniste de Frits Van den Berghe ; 150-180.000 euros pour From the Point, une toile minimaliste du Coréen Lee Ufan (°1936) composée à partir de touches répétitives d’une brosse rectangulaire chargée d’un bleu qui se fait de plus en plus pâle au fur et à mesure que le pinceau se décharge. Cette œuvre de 1977 a été achetée à l’époque par le collectionneur anversois, dans une galerie de la ville qui accueillit une des premières expositions de cet artiste aujourd’hui de renommée internationale. Respectivement en 1976 et en 1978, les galeries Spectrum Gallery et The Antwerp Gallery ont en effet accueilli Lee Ufan également écrivain, philosophe et critique d’art. Surtout connu comme sculpteur – il a exposé à Versailles en 2014 -, l’homme né en Corée du Sud en 1936 et formé au Japon, pratique également la peinture. Volontiers monochrome et dégagée de tout affect, celle-ci se focalise inlassablement sur le point et la ligne. Des rétrospectives de son œuvre ont été été présentées à la Galerie nationale du Jeu de Paume à Paris en 1997-98 ou au Solomon R. Guggenheim Museum de New York en 2011. Depuis 2010, un musée dessiné par Tadao Ando lui est consacré sur l’île de Naoshima. Lee Ufan a par ailleurs été lauréat du prestigieux Praemium Imperiale au Japon et ses oeuvres sont conservées dans de nombreux musées internationaux comme le Centre Pompidou. Aujourd’hui, cet artiste balloté entre Occident et Extrême Orient – puisqu’il vit au Japon tout en travaillant dans un atelier à Paris – est aux cimaises de Bernaerts à Anvers mais aussi à Bruxelles, à Bozar, dans le cadre de l’expo Buren et à la Villa Empain parmi les abstraits coréens.

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Lee Ufan, From Point/(in Paris, 1977, (c) Bernaerts

A propos de l'auteur

Laure Eggericx

Chroniqueuse et journaliste"Historienne de l’art et plasticienne, j’alterne depuis des années la plume et le pinceau pour assouvir et communiquer ma passion de l’art, du patrimoine et de l’architecture. Journaliste pour différents quotidiens (Le Soir, La Libre ...) et magazines (Villas, Les Nouvelles du Patrimoine...), j’ai collaboré à de nombreux ouvrages et expositions concernant aussi bien artistes et artisans qu’architectes contemporains, sites historiques ou balades touristiques. Le marché de l’art est la plus récente corde à mon violon."Laure Eggericx est licenciée en histoire de l’art et archéologie (ULB), graduée en architecture d’intérieur (Saint-Luc-Essai) et diplômée en recherches graphiques et picturales (Académie JJ Gaillard).

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