Il existe pour un artiste bien des façons de s’exprimer. Maurice Frydman repense la peinture abstraite et l’inscrit dans un champ qu’il travaille avec ténacité, l’épiderme. La galerie Art Loft présente « Mises à nu », un choix de pièces parmi les plus significatives de sa trajectoire, dont plusieurs inédits.

La peau est l’interface avec le monde extérieur, premier et dernier bastion de notre être, le reflet de l’intime et du vécu. C’est l’existence à vif, dans ses moindres rides, plis et replis. En quelque technique que ce soit, l’artiste s’est élu ce thème pour parler d’amour et de haine, de stigmates, de déchirures et de cicatrices. Né à Paris en 1928 dans une famille d’immigrants polonais, il s’attache à l’évoquer sous différentes formes sans jamais s’en éloigner. Tantôt souvenirs personnels, tantôt réminiscences des sombres dérives de l’histoire, la peau l’accompagne tout au long de son parcours.

Les racines de Maurice Frydman sont figuratives. Parmi les œuvres exposées, ses magnifiques lavis érotiques dévoilent un pan moins connu de son travail. Les visages ont pratiquement disparu pour faire de ces corps et de ces épidermes des nus anonymes, secrets et intemporels. On devine plus qu’on ne reconnaît la forme humaine dans ces tensions et ces mouvements de fusion, dans cette belle alliance des êtres. L’énergie irradie cette nudité, la rend unique. Puis la série Mises à nu. Elle met en scène la vulnérabilité et le désarroi dans des images d’une rare puissance, le déshabillage de détenus juifs avant l’exécution. Ils perdent ce qui leur reste de dignité, un halo de mort s’inscrivant déjà dans leur corps. Tout, dans les attitudes et les gestes, transmet une intense émotion. C’est la force de ces dessins.

Par inadvertance, Frydman découvre le plastique il y a une vingtaine d’années. Une découverte qui amorce un tournant et fait rebondir son travail dans une autre direction. Son imagination va désormais s’épanouir à partir d’une matière d’apparence banale, souple et élastique, utilisée pour ses pouvoirs incomparables. Associée à la peinture, elle devient instrument de révélation et réserve désormais bien des imprévus et des accidents créateurs à des mains qui la mettent à rude épreuve par d’infinis tensions et étirements. Tel sera son parcours désormais. Parce que cette matière, à l’orée du vivant, épouse parfaitement toutes les formes et qu’elle s’apparente si bien à la plasticité cutanée. L’artiste en fait de magnifiques paysages imaginaires, des matrices lumineuses et des diptyques rayonnants de torsions !

Maurice Frydman a été reconnu à la faveur d’expositions au Musée Juif de Belgique (2008), à Bozar en 2011 (Plasticités), à l’IKOB d’Eupen (2012), au musée des Beaux-Arts de Liège en 2014 (Tensions-Torsions) ainsi qu’en Corée lors de l’Eco Art Festival Taehwa (2014).

Maurice Frydman
Mises à nu
Art Loft
36 rue du Charme
1190 Bruxelles
Jusqu’au 7 avril 
Du mardi au samedi de 14h à 18h
www.artloft.eu

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Maurice Frydman, Composition en forme de paysage, 1985, courtesy Art Loft

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Maurice Frydman, Chromatique jaune, 1988, courtesy Art Loft

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Maurice Frydman, Paysage imaginaire, 2005, courtesy Art Loft

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Maurice Frydman, Les Profils de granit, 2005, courtesy Art Loft

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Maurice Frydman, Torse en bronze, 1995, courtesy Art Loft

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Maurice Frydman, Les Dénudés, 2007, courtesy Art Loft

Maurice Frydman

Maurice Frydman, portrait dans l’expo Epidermis, 2016, courtesy Art Loft

 

 

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