Avec un ptérodactyle rouge émergeant d’une mer de créatures hybrides comme affiche, la nouvelle exposition du Museum au Botanique nous plonge dans un univers singulier où des arbres araignées croisent des vertèbres et des larves, des fossiles, un Esprit Migrant et des loups. Espoir et désespoir, vie et mort, présent et passé, science, art et spectacle.

Cette jungle mise en scène par Bonom est née de la rencontre du monde de Vincent Glowinski (Paris, 1986) – alias Bonom – avec celui d’Agnès Debizet, qui n’est autre que sa mère. Une mère artiste touche-à-tout, aussi bien sculpteure que brodeuse, collagiste, céramiste que potagère, couturière, dessinatrice qu’écrivaine. Une mère qui a construit tout un monde envahissant les moindres interstices du quotidien et dans lequel Vincent a grandi…  et duquel il s’est échappé. Il y est pourtant toujours intrinsèquement lié.  « Je ne suis plus capable de dessiner les pattes griffues d’un oiseau sans que cela ne ressemble aux dessins de ma mère, » observe-t-il. Cette transmission intégrée laisse des traces. Même digérée, cette filiation reste sensible : la paternité de certaines œuvres exposées peut donner lieu à une hésitation entre la mère et le fils. « Qu’ai-je vu ? Qu’ai-je retenu de cette forêt dont j’espérais m’extraire ? » s’interroge Bonom en regardant son propre parcours. Un parcours qui l’a mené du Street Art aux autres domaines de la création où il a définitivement cessé d’être anonyme. Aujourd’hui, Vincent Glowinski est loin d’être un inconnu. Ses sculptures, ses dessins, ses performances et spectacles font désormais partie du domaine public, avec des commandes officielles, des expositions et des projets à visage découvert ainsi qu’en collaboration avec d’autres créateurs connus. Son histoire avec le Botanique ne date pas d’hier. Elle commence avec l’installation d’un de ses squelettes géants dans le Grand Salon à l’occasion du festival des Nuits Botanique 2012 ainsi que, dans la foulée, la peinture d’une forêt sauvage sur les murs de la Rotonde qui se répandra deux ans plus tard dans l’ensemble des serres.

Evolution

Cette fois, l’artiste a convié sa mère pour une exposition où leurs œuvres s’enchevêtrent de façon troublante pour créer ce Mater Museum. Clin d’œil à sa fascination pour les musées des sciences naturelles, ce Museum devient le lieu d’un questionnement originel. Origines du monde et de sa propre création, cette exposition pensée par Vincent tourne autour de l’œuvre de sa mère et de ses démons obsédants. Il convoque symboles, souvenirs, vestiges, objets insolites et autres restes préhistoriques issus de sa propre pratique et de celle, en terre, de sa mère. Les œuvres se côtoient, se mêlent, s’influencent et parfois renaissent, se métamorphosent ou prolifèrent au détour de leur confrontation. Le processus atteint son paroxysme lorsque Vincent, familiarisé avec le travail du cuir par un bourrelier en 2010, se met à recouvrir de peau les oeuvres maternelles. Tout en réalisant d’énormes squelettes –comme la baleine en cuir parchemin du bar de Saint-Gilles Le Potemkine –  et des marionnettes monumentales issues de son propre bestiaire, Vincent travaille à partir des créations de sa mère, une façon de « retourner dans son ventre », écrit-il. « Je reproduis les sculptures de ma mère en les recouvrant de peau. Une fois celle-ci séchée, je les défais de leur matrice et en obtiens une mue (…) Moi qui ait été façonné, moulé par elle (…) je reprends empreinte sur elle ; par l’extérieur, par le contour. Le double évidé que j’extrais de sa sculpture (…) prend lieu de souvenir, d’une image que je me fais et qui appartient à moi seul. Je m’approprie ainsi une idée de son œuvre et me donne la liberté de la manipuler. Devenue légère comme une plume, je peux la suspendre, la lancer, la taper, la faire briller par la lumière, l’écraser si je veux, et même, me la mettre sur la tête. » Et c’est de cela aussi que traite cette installation déployée comme un jeu de dominos sur deux niveaux. Les oeuvres se lancent des ponts, des clins d’yeux et quelques boutades sans paroles ni légendes comme dans ce couple Arbre « terre » & Arbre « cuir » qui se ressemblent tout en affirmant chacun leur profonde singularité. L’un est aussi noir que l’autre est blanc, l’un est lourd, l’autre léger, l’un est balafré et recousu, l’autre décoré, à moins qu’il ne s’agisse de tatouages, comme le suggère Vincent à Agnès. Une façon d’enclencher une prochaine histoire à quatre mains ? Pour l’heure, c’est au Botanique que leur rencontre s’est cristallisée.

Mater Museum
Œuvres de Vincent Glowinski et Agnès Debizet
Botanique- Expo Museum
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Du mercredi au samedi de 12h à 20h
Jusqu’au 17 avril
www.botanique.be

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Vincent Glowinski, Agnès Debizet, Mater Museum au Botanique, (c) Vincent Glowinski

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Vincent Glowinski, Agnès Debizet, Mater Museum au Botanique, (c) Vincent Glowinski

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Affiche de l’exposition Mater Museum au Botanique, (c) Vincent Glowinski

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