Comment faire une rétrospective de son travail quand 80% des œuvres réalisées sont des installations in situ qui disparaissent après l’exposition ? Cette question, Daniel Buren se la pose depuis longtemps. Cet artiste français né en 1938, dont tout le monde connaît les bandes de couleur déclinées sur de multiples supports ou éléments d’architecture, décide en 1968 qu’il ne peindra plus jamais. Il achète de la toile rayée pour auvent au Marché Saint-Pierre, célèbre magasin de tissu à Paris et cette toile – non peinte – aux rayures larges d’exactement 8,7 cm sera son principal motif. Ainsi, Buren peut cesser de peindre et pourtant continuer à créer, se posant au fil des décennies cette question centrale : qu’est-ce que l’œuvre ? Et découvrant qu’il y a quand même une part de subjectivité.

Pour sa non-rétrospective au Palais des Beaux-Arts, l’artiste propose une immense installation dans laquelle il invite des artistes du passé et d’aujourd’hui, sélectionnés pour le lien intime – lien d’influence, d’inspiration voire lien d’amour – qu’il entretient avec eux. « Ceci n’est pas une rétrospective, pas une exposition de groupe, pas un dialogue ou une façon de faire entrevoir un goût particulier, » précise Joël Benzakin, non-commissaire de l’exposition, élégamment nommé assistant de réalisation – car, bien évidemment, Daniel Buren n’aime pas les commissaires d’exposition !

Au fil d’un long parcours, c’est à un jeu de piste dans les salles de Bozar que le visiteur est invité. Démarrons avec la Salle des empreintes, avec la trace laissée vide aux murs et sur le sol de toutes les œuvres sélectionnées par l’artiste, des muralistes mexicains qu’il découvrit tout jeune, en passant par Gerhard Richter, Chagall, Simon Hantaï, Mario Merz, Sol LeWitt, Fernand Léger, Giuseppe Penone, Lee Ufan (à voir pour le moment à la Fondation Boghossian), … mais aussi des artistes plus jeunes avec lesquels il a travaillé, comme Ann Veronica Janssens, Pascale Martine Tayou, Sophie Calle, Chen Zhen … C’est l’arborescence intime de l’artiste, son iconothèque profonde, toutes les œuvres qui lui ont ouvert le cœur et les yeux au fil d’une vie qu’il offre à notre regard. L’artiste ne dit-il pas : « S‘il n’y avait pas eu Arp, Brancusi, Cézanne, Fontana, Rivera, Picasso, Pollock … »

Dans sa sélection, des artistes découverts à 17 ans et oubliés depuis, d’autres intransportables par essence, comme les muralistes mexicains. Par leur absence, d’autres dont Buren n’aime pas tous les choix, les revirements, les attitudes. Au mur, des espaces vides et au fil de la visite, de plus en plus d’œuvres présentes, vives, irradiantes. A cette proposition d’accrochage s’ajoute un film, documentaire qui réunit une très large sélection de ses interventions, depuis le début de sa carrière jusqu’à aujourd’hui, des interviews, des débats, des archives audio-visuelles d’expositions. « Le film, qui s’intitule Une Fresque, sera la première tentative de mettre en images une sorte de rétrospective la plus complète possible de mon travail depuis les années 60 à aujourd’hui. Comme j’ai déjà effectué plus de 2600 expositions, il ne s’agira pas d’être exhaustif, mais de remettre en mémoire une majorité d’œuvres détruites et de permettre ainsi une perspective cohérente et la plus complète possible … » explique l’artiste. La tentation de la rétrospective effleure quand même finalement Buren alors même qu’il n’a pas craint, durant près de 60 ans, de créer des œuvres vouées à être détruites. Etonnant.

Le troisième support de l’exposition est le Libretto, une revue en papier journal, un non-catalogue, donc, qui reprend des entretiens, des photos d’œuvres in situ à New York, Paris, Bilbao, … et Bruxelles, avec, entre-autres, Bleus sur jaune, la série de drapeaux sur la Place de la Justice, le long de la rue Lebeau, en bas du Sablon.

L’exposition Daniel Buren, mise en image d’un processus mental précis et complexe, est à la fois intrigante, généreuse, et pour le moins verbeuse, ce qui n’est pas une surprise pour cet artiste qui a sans cesse verbalisé ses questionnements sur l’œuvre, le processus d’exposition, l’artiste, son rôle, mais aussi sur l’architecture, le médium, et finalement, sur l’art.

Daniel Buren
Une Fresque
Palais des Beaux-Arts
23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
Jusqu’au 22 mai
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, jeudi jusqu’à 21h
www.bozar.be

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La Salle des Empreintes, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails

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La Salle des Empreintes, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails

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Les Salles des Ombres et des Lumières, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails, Jacques Villeglé

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Les Salles des Ombres et des Lumières, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails, de gauche à droite : Franck Scurti, Salvatore Scarpitta, Gilberto Zorio, Fernand Léger

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Les Salles des Ombres et des Lumières, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails, de gauche à droite : Barnett Newman, Michel Parmentier, Gerhard Richter

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Les Salles des Ombres et des Lumières, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails, de gauche à droite : Lee Ufan, Ellsworth Kelly

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Les Salles des Ombres et des Lumières, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails, Anish Kapoor

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Les Salles des Ombres et des Lumières, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails, de gauche à droite : Agnes Martin, Giuseppe Penone

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Les Salles des Ombres et des Lumières, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails, de gauche à droite : John Knight, Douglas Huebler

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Les Salles des Ombres et des Lumières, travail in situ, in « Daniel Buren : Une Fresque », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016, détails, de gauche à droite : Hanne Darboven, Simon HantaÏ, Constantin Brancusi

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