Artiste truculent, joyeux, éminemment sympathique, Jan Van Imschoot nous livre des toiles uniques ou en triptyques autour de ses thèmes de prédilection, la mythologie et les œuvres majeures de l’histoire de l’art. Celles-ci sont les prétextes à une réflexion acérée et sans masque sur notre société et ce monde qui ne tourne plus si rond.

Pour cet artiste gantois né en 1963, l’art est une arme contre les totalitarismes de tous genres, que ce soit les extrémismes de la NVA, la discorde entre les différentes religions, le racisme, la vanité des peuples repliés sur leur nationalisme. Jan Van Imschoot traite de ces thématiques de façon subtile, cynique, provocante dans des toiles qui donnent aussi envie de relire les grandes épopées grecques.

Le jugement de Pâris à Bruxelles a été peint au moment des attentats à Paris. On y découvre le signe de paix formé avec la tour Eiffel qui fut brandi comme étendard de ralliement. Le jugement de Pâris, la pomme de la discorde entre les déesses Héra, Athéna et Aphrodite qui annonce la guerre de Troie, est une métaphore des désaccords entre les pays européens par rapport à l’ouverture de leurs frontières. Un grand triptyque, Argus, est construit comme un film avec des séquences à la fois indissociables l’une de l’autre et rythmées. Les couleurs sont chaudes et l’atmosphère est légère malgré la force du sujet. Ici, des yeux disséminés un peu partout font penser au nombrilisme actuel suscité par les réseaux sociaux, miroir de Narcisse et arme de harcèlement massif.

Petit clin d’œil aussi  – encore lui, l’œil du paon, l’œil inquisiteur – les prénoms Jean (Jan), Jules et Judith, ceux de l’artiste, qui l’ont prédestiné à parler des grandes figures historiques. Le personnage de Judith est d’ailleurs magnifiquement traité dans plusieurs tableaux. L’œuvre Les amants, qui fait référence à un tableau de Rubens, est très forte, sous sa facture comics. On y voit un homme de couleur noire, traité façon nègre, d’une stature corporelle massive, animale, image moderne tant on constate que la reconnaissance des artistes noirs est rare, dans les arts plastiques comme dans le cinéma. Ce tableau est signé Judith Collectif, « les trois femmes qui pensent pour moi ! » explique l’artiste, goguenard. Une autre œuvre a retenu notre attention, Echo, la nymphe, dont le traitement picturale fait penser à celui de Marlène Dumas. Et enfin ce tableau inspiré de la dernière photo de Louis-Ferdinand Céline, très beau, Celui qui devint raciste par déception, encore une phrase aux accents actuels. Des références, des métaphores, des jeux de mots, les œuvres de Jan Van Imschoot offrent de multiples niveaux de lecture, pour le plus grand plaisir du spectateur. Une belle rencontre.

Jan Van Imschoot
Le jugement de Pâris à Bruxelles
Galerie Daniel Templon
13 A rue Veydt
1060 Bruxelles
Du mardi au samedi de 11 à 18h
Jusqu’au 16 avril
www.danieltemplon.com

Jan Van Imschoot

Jan Van Imschoot, L’adoration de François pour Judith, 2014, Courtesy of the artist and the gallery Daniel Templon, Paris and Brussels

Jan Van Imschoot

Jan Van Imschoot, Le jugement de Pâris à Bruxelles, 2016, Courtesy of the artist and the gallery Daniel Templon, Paris and Brussels

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Jan Van Imschoot, La création d’un paon (Argusmentation), 2016, Courtesy of the artist and the gallery Daniel Templon, Paris and Brussels

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Jan Van Imschoot, La mythologie et l’inspiration, 2012, Courtesy of the artist and the gallery Daniel Templon, Paris and Brussels

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