Un visage à l’ovale parfait, troué d’une paire d’yeux vides. Des yeux comme découpés au cutter dans la surface de la peau. Soit posés seuls sur un fond, en un portrait, soit répétés pour former un groupe de 13 – oui, une dernière Cène – les personnages de Thomas Zipp sont étranges, inquiétants.

Les fonds des tableaux sont tramés comme des pixels et de strates de chiffrement de messages informatiques codés. Par dessus, sans volume et sans chair, ces visages sans expression – la bouche est une ligne, le nez est marqué par deux trous. C’est l’homme lambda, l’humain codifié, celui qui sert de base aux grilles sans fin des statistiques. Cet homme-là n’a pas de vie, le sang ne coule pas dans ses veines. Et il n’a pas yeux. Et donc pas de regard.

Certains personnages possèdent deux ou trois paires d’yeux sans matière. Ce qui les rend encore plus étranges. Le spectateur regarde le personnage peint qui, lui, ne peut pas échanger de regard. Cette absence de connexion provoque un malaise, un trouble. Cet ensemble évoque, nous explique l’artiste, les recherches de Karl Theodor Fechner sur la psychophysiologie (1860) où la relation entre l’aspect physique et les stimuli mentaux sur le sujet provoquent des changements de comportement, au niveau des visages des patients. Ici, rien ne bouge. Thomas Zipp a tout figé. Seul l’arrière-plan vibre : des matières irisées, profondes, des tons sourds, sombres.

Peintre, dessinateur, sculpteur, inventeur de machines singulières presque surréalistes, sorties tout droit d’une anthologie immémoriale des créations les plus insolites, Thomas Zipp avait créé l’événement à Venise en 2013, au Palazzo Rossini, avec son étonnante installation d’une clinique fictive intitulée Comparative Investigation about the Disposition of the Width of a Circle – certains éléments de cette installation sont montrées aujourd’hui dans l’expo Connected à La Centrale for contemporary Art. Il faisait ainsi référence aux recherches de Charcot sur l’hystérie à La Salpêtrière à Paris et à la chanson de Bowie, dans l’album The Man Who Sold The World (1970), qui évoquait sa lutte contre les affres de la drogue et la figure du diable ! Thomas Zipp est né en 1966 à Heppenheim, en Allemagne. C’est sa troisième exposition à la Galerie Albert Baronian.

Thomas Zipp
 Attempts to quantify sensation
Galerie Albert Baronian

2 rue Isidore Verheyden
1050 Bruxelles
Jusqu’au 16 avril
Du mardi au samedi de 12h à 18h
http://www.albertbaronian.com/
Thomas-zipp-Exhibition-view-baronian3

Thomas Zipp, vue de l’exposition, 2016, Galerie Albert Baronian

Thomas-zipp-Exhibition-view-baronian2

Thomas Zipp, vue de l’exposition, 2016, Galerie Albert Baronian

Thomas-zipp-Exhibition-view-baronian

Thomas Zipp, vue de l’exposition, 2016, Galerie Albert Baronian

Thomas-zipp-Exhibition-view-baronian6

Thomas Zipp, vue de l’exposition, 2016, Galerie Albert Baronian

Thomas-zipp-Exhibition-view-baronian5

Thomas Zipp, vue de l’exposition, 2016, Galerie Albert Baronian

Thomas-zipp-Exhibition-view-baronian4

Thomas Zipp, vue de l’exposition, 2016, Galerie Albert Baronian

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.