Modest Huys, L’heure embrasée, Waregem 1911, huile sur toile, 65 x 85 cm, estimation 20-30.000 euros, lot 306, vente du 22 mars chez BA-Auctions – www.ba-auctions.com

Het gloeienste uur donne en français l’heure embrasée, celle où la lumière est la plus belle, où elle embrase tout et tous, comme l’avait également peinte Théo Van Rijsselberghe (1862-1926) quelques années auparavant. C’est en effet en 1897 que l’artiste pointilliste belge peint une scène de baignade vibrante de soleil qu’il intitule L’heure embrasée (Weimar, Staatliche Kunstsammlungen). Un titre identique est adopté pour la toile que Modest Huys (1875-1932) réalisa en 1911 à Waregem à une époque où le néo-impressionnisme est déjà bien implanté chez nous. C’est en 1887 en effet que la Grande Jatte de Seurat est exposée à Bruxelles. Cette œuvre manifeste du néo-impressionnisme introduit en Belgique la technique du pointillisme dont Van Rijsselberghe fut un des plus illustres représentants. Mais, à part le titre, l’œuvre de Huys n’a que peu de rapport avec celle de Van Rijsselberghe.

L’homme né en 1874 à Olsene, dans la région linière de la Flandre-Orientale, ne s’est jamais plié aux principes stricts du divisionnisme scientifique. Sa touche est vibrante, pleine de mouvement, ses coups de pinceaux sont fringants et dynamiques. Son approche de la lumière est essentielle, son expression est ample et sensorielle. En grande partie autodidacte et indépendant, Huys admirait Claus le luministe, mentor de toute une génération de peintres flamands comme Anna De Weert ou Jenny Montigny. Mais jamais il n’en fut un acolyte aveugle, pour reprendre les termes de Lieven Defour qui met en lumière les différences entre les deux artistes, insistant sur le caractère schématique du style de Modest Huys, plus proche des impressionnistes français que de Claus : « Bien davantage que Claus il sut se libérer d’une rythmicité systématique et opta (…) pour une expression agitée et variée. » Si Claus recourt à de petites touches régulières pour peindre des paysages idylliques gonflés de lumière, Modest Huys reste plus proche du vécu, des sensations et de l’homme qui occupera progressivement une place de plus en plus grande dans son travail.

L’œuvre proposée par BA-Auctions date de la période de gloire de l’artiste, juste avant la Première Guerre mondiale. Elle est de très belle qualité et n’a jamais été sur le marché auparavant. Elle se rapproche davantage d’un Lemmen que d’un Claus. Le tableau montre les abords fleuris de deux habitations traditionnelles, séparées par un chemin qui grimpe de droite à gauche vers un portail d’entrée. La présence humaine est tangible mais discrète. Cette scène gorgée de soleil vibre de cette touche fébrile qui la parcourt joyeusement. L’heure est gaie, encore imprégnée d’effluves du Jugenstil. La guerre et ses lendemains dévastés éteindront petit à petit ce luminisme enthousiaste des débuts. Modest Huys adopta par la suite une technique plus grossière, des teintes moins éclatantes avec des coloris brunâtres et des formes simplifiées. L’heure embrasée est un des climax de la vacation de printemps de BA-Auctions, qui compte également des œuvres de Claus, Lemmen, Spilliaert ou Permeke.

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Modest Huys, L’heure embrasée, Ba-Auctions

 

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