« Quand je dépose l’encre sur le papier, avec le pinceau préféré de la journée, il faut que ce soit l’essence de l’humain que je suis, à cet instant-là, et non une parcelle de moi commandée par le cerveau, la volonté qui actionne le bras. Chaque cellule de mon corps doit cracher l’encre ou, à l’opposé, la déposer avec respect, tendresse, dévotion, sur le papier », écrit Eve Calingaert dans son dernier recueil paru aux Editions Tandem, Conversation entre la main gauche et la main droite. S’y dit tout ce qui passionne cette infatigable créatrice, fascinée par l’Orient et en particulier par le Japon.

Peindre en une gestuelle abstraite qui associe une vie de réflexion, de création avec la longue pratique du Qi Gong, voilà ce que ose Eve Calingaert depuis une dizaine d’années. Du papier, plus ou moins blanc. De l’encre noire, un pinceau chinois. Rien de plus. Il s’agit de relâcher le corps, de le centrer, qu’il soit tout entier relié au pinceau, que le geste se déploie sans crispation, que s’ouvre un chemin entre le cœur, l’âme et la structure qui nous fait tenir debout. C’est une voie, un chemin, une méditation. C’est une longue pratique vers la perfection.

Voici un cercle presque fermé, presque parfait, voici une surface noire, éclairée d’un œil blanc. C’est un masque. Voici, sur un grand format, un geste vif, violent, comme un coup de sabre, dépliant par la marque qu’il laisse sur la feuille une forme libre, abstraite, sans sens et pourtant puissamment chargée de vitalité. Ici, rien n’est frontal, il n’y a pas de narration, aucune couleur. Il faut rester devant l’œuvre, léger, attendre avec patience qu’elle accepte de vous dévoiler son secret. Alors s’ouvre devant vos yeux un champ de possibles, alliant recherche de l’harmonie, apaisement, respiration.

Son père, collectionneur et restaurateur d’objets d’art, sa mère professeur de yoga ont ouvert pour Eve Calingaert, dès l’enfance, les portes de l’art et de la spiritualité. Ces deux axes sont encore présents aujourd’hui dans la vie de cette ancienne journaliste, qui créa le 7ème Soir dans les années 1990, qu’elle dirigea pendant huit ans. Passionnée de voyages, de calligraphie, d’écriture, de philosophie, l’artiste revendique le droit d’essayer plusieurs voies. Peinture, écriture, cinéma sont autant de chemins empruntés.

Aujourd’hui, elle présente deux expositions, l’une chez Peinture Fraîche, de calligraphies japonaises et de petits formats abstraits, l’autre à deux pas de là, à la Galerie Gaëtane Duez, avec de grands formats abstraits, quelques photos de jardins faites à Kyoto et une série de 64 planches sur le Yi King, un manuel chinois de spiritualité, appelé aussi Livre des Mutations, écrit sans doute vers le XIIIe siècle avant notre ère. Par le trait et l’écriture, Eve Calingaert commente les 64 hexagrammes qui constituent ce recueil. Pas pour nous l’expliquer littéralement, mais pour nous offrir sa philosophie de vie, affinée à l’aune des années, faite de spiritualité, d’un regard joyeux et plein d’humour sur la vie, d’une distance de bon aloi et de profonde sagesse.

Eve Calingaert
Librairie Peinture Fraîche
10 rue du Tabellion
1050 Bruxelles
Jusqu’au 16 avril
Du mercredi au samedi de 10h30 à 19h

et 

Galerie Gaëtane Duez
2 rue Africaine
1050 Bruxelles
Jusqu’au 30 avril
Du jeudi au samedi de 13h à 18h

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Eve Calingaert, Gestuelle abstraite

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Eve Calingaert, Gestuelle abstraite

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Eve Calingaert, Gestuelle abstraite

Eve Calingaert, Gestuelle abstraite

Eve Calingaert, Gestuelle abstraite

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Eve Calingaert, Calligraphie

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Eve Calingaert, Calligraphie

 

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