Très beau thème que celui du colloque Défilages – Genre & Art Textile aujourd’hui organisé à l’ULB début mars et exploré à la Galerie 100Titres à Saint-Gilles. L’exposition – conclusion à ces trois jours de débat – aborde le fil, le tissage dans les œuvres d’artistes.

Ouvrage noble, présent de façon puissamment symbolique dans les écrits antiques, le tissage revêt bien des significations. Les trois Parques tissent le fil de notre destin, d’où l’expression la vie ne tient qu’à un fil. Tandis que la belle Pénélope utilise la tapisserie comme prétexte pour repousser ses prétendants pendant le voyage de son époux adoré, ouvrage qu’elle défait la nuit afin de ne jamais avoir à céder aux avances de ceux qui croient Ulysse mort.

Dans plusieurs contes, la femme est une araignée qui tisse les liens entre les autres femmes, entre ses sœurs d’âme. Fil qui emprisonne, qui répare aussi, l’art du filage a longtemps été considéré comme exclusivement féminin, symptomatique de la femme d’intérieur. Dans les années 1970, plusieurs artistes féministes l’ont réconcilié avec sa fonction première : la création. Louise Bourgeois, par exemple, a tricoté des poupées, dont l’énergie dépend aussi du fil de laine – fil de vie – qui les habite.

Dès l’entrée, notre regard est suspendu aux morceaux de laine qui traversent l’installation Vestales de Muriel de Crayencour. Les livres aux titres évocateurs Le nombril des femmes ou La boîte noire ou encore Le crime racontent sa vision de la sexualité féminine. Elodie Antoine utilise la dentelle au fuseau dans une série qui interroge la séparation des genres et des espaces. L’artiste turque Nezaket Ekici travaille autour de la puissance évocatrice du vêtement dans des performances filmées. Frances Goodman (Afrique du Sud) parle de la construction identitaire des femmes à travers des objets typiquement féminins.

La galerie présente également les célèbres photographies de Shadi Ghadirian dont la série Like every day montrant des femmes dont le visage est caché par un objet domestique. Le Belge Stephan Goldrajch, seul artiste masculin, s’inspire des pratiques ancestrales et teste les techniques comme la broderie, le tricot, et même le crochet ! Notre coup de cœur va aux œuvres de Fanny Viollet, la doyenne de l’exposition, qui « rhabille les nus » en ajoutant sa touche personnelle sur des cartes postales de l’histoire de l’art qu’elle collecte au cours de ses voyages. L’idée est née lors de la redécouverte en 1995 de L’Origine du Monde de Courbet, qui du jour au lendemain passa d’œuvre intime et dissimulée à une carte postale, sorte d’accession à la vision populaire. L’artiste brode magnifiquement des accessoires vestimentaires sur des nus célèbres, leur conférant dès lors une allure vaporeuse, sexy, comique, unique. Une très belle exposition.

Défilages
Galerie 100Titres
2 rue Cluysenaar
1060 Bruxelles
Jusqu’au 17 avril
Du jeudi au dimanche de 14 à 18h
www.100titres.be

Viollet-nus rhabillés

Fanny Viollet, Nus rhabillés, cartes postales brodées, 2010-2016, (c) l’artiste & galerie 100Titres

Tatiana Bohm-Humans

Tatiana Bohm, Humans, (c) l’artiste & galerie 100Titres

Fanny Viollet-Courbet

Fanny Viollet, Courbet, cartes postales, 2010-2016, (c) l’artiste & galerie 100Titres

Elodie Antoine-Grues

Elodie Antoine, Grue, (c) l’artiste & galerie 100Titres

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Muriel de Crayencour, Vestales, 100 livres de poche brodés, 2012, photo Luc Schrobiltgen

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