William Anthony (1934) est un peintre américain qui ne s’est jamais pris au sérieux. Redoutable dessinateur, il discrédite sans crainte et depuis très longtemps son propre coup de crayon. C’est délibérément qu’il dessine avec maladresse des personnages qui ressemblent plus à bonhommes tracés par des enfants qu’à des représentations artistiques. Lui qui fut professeur de dessin reprend les erreurs récurrentes faites par ses élèves: grosse tête, bras et jambes bâtons, visages simplistes, doigts comme des boudins. Ce faisant, libéré des contraintes de la belle main, l’artiste, qui n’est pas à une facétie près, utilise le dessin et la peinture pour faire un commentaire critique voire ironique sur de grandes œuvres de l’Histoire de l’art. Le trait est maladroit, les couleurs criardes, l’arrière-plan vide. Sur la toile, simplement des personnages en quelques lignes, dans des postures ridicules.

Ainsi, voici une jeune femme couchée, les pieds en l’air et qui tient sur ceux-ci son chien… Une ré-interprétation de La Gimblette de Fragonard, scène coquine toute en couleurs suaves et chair nacrée dévoilée, qui prend ici un caractère absurde, sorte d’exégèse hilarante de l’œuvre de Fragonard. Une autre femme nue est langoureusement entourée d’un serpent bleu qui lui présente une pomme verte. C’est l’Eve tentatrice, thème de tant de tableaux, qu’Anthony représente ici brute de décoffrage, hors du temps, raide, absente à elle-même, sans sens, petit personnage à la fois dans le flot d’une longue Histoire et rendue absurde par la manière dont elle est représentée. Et encore, une représentation – toujours aussi critique – de la fameuse performance que réalisa Abramovic avec son compagnon Ulay.

William Anthony, né à Fort Monmouth, New Jersey, étude brièvement l’Histoire de l’art européenne à l’Université de Yale dans le New Haven avec, entre autres, Josef Albers. En 1962, durant deux années, il enseigne le dessin dans une école de publicité de Chicago. En résulte, en 1965, un ouvrage : A new approch to figure drawing, méthode illustrée pour apprendre à dessiner. S’y trouvent déjà ses beaux dessins et ses personnages cartoon – comme exemples de ce qu’il ne faut pas faire. De 1977 à 1978, il fait une série de dessins pour Interview, le magazine d’Andy Warhol.

Son oeuvre de plus de 50 ans a retenu l’attention d’artistes confrères et amis au fil du temps. Roy Lichtenstein, Jasper Johns et Andy Warhol ont collectionné ses œuvres (commentaire de Warhol à propos des dessins bibliques d’Anthony : « J‘attends avec impatience le Nouveau Testament. C’est la première Bible que je comprends.« ). Déjà dans les années 1990, les galeries telles que Leo Castelli et Pat Hearn à New York exposaient son travail. Le travail de William Anthony fait partie de collections de grands musées internationaux à Chicago, New York, Cologne…  Ne pas se prendre au sérieux peut donc vous mener loin !

William Anthony
Dear future me / Rehbein Galerie
Rivoli Building
690 Chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Du vendredi au samedi de 14h à 18h
Jusqu’au 12 mars
www.rehbein-galerie.de

 

W-Anthony-Performance-Artist-Abramovic-Ulay-2014

William Anthony, Performance d’Abramovic et Ulay, 2014, Dear Future Me

W-Anthony-Laocoon-2015

William Anthony, Laocoon, 2015, Dear Future Me

W.Anthony-Fragonard-Girl-2015

William Anthony, Fragonard girl, 2015, Dear Future Me

W-Anthony-Eve-2015

William Anthony, Eve, 2015, Dear Future Me

W-Anthony-Parts-of-the-Body-2014

William Anthony, Parts of the body, 2014, Dear Future Me

 

 

 

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