Créé en 1913 à Pétrograd dans l’effervescence créatrice de la Russie de l’époque, Victoire sur le soleil est un opéra mythique et futuriste en six tableaux. Kazimir Malévitch en conçoit les costumes et les rideaux de scène où le carré noir fait sa première apparition. Mais ce n’est que deux ans plus tard que ce carré deviendra la célèbre et énigmatique toile que l’on connaît, une icône de l’art abstrait. Chez D+T Project Gallery, Elena Bajo réinterprète le germe de l’abstraction dans une installation tournée  vers l’avenir.

Malévitch ne fut peut-être pas immédiatement conscient de ce qu’il venait d’accomplir en concevant les décors de l’opéra. L’aventure commence vraiment en 1915 lorsque la galeriste Nadedja Dobytchina présente le carré noir dans La dernière exposition futuriste de tableaux 0,10.  Un tournant s’amorce dans l’histoire de l’art du XXème siècle. Pour de nombreux spécialistes ce tableau était un palimpseste, il comportait plusieurs couches superposées dont, semble-t-il, deux tableaux abstraits.

Elena Bajo (Madrid, 1976) remonte aux sources de l’art abstrait, reprend les racines de ce nouveau langage artistique dans une multiplication de sens des plus intéressantes. Elle va au-delà de l’idée de peinture. Les œuvres présentées font partie de la série Cosmic Distress. Chacune contient un carré aux mêmes dimensions que celui de Malévitch, un carré parfait dans son expression. Bajo réemploie pour cela des toiles chinées à Londres, Madrid, Los Angeles ou Berlin qu’elle a poncées et repeintes. Le carré rose en plexiglas placé devant chaque tableau devient filtre à la lecture, il suggère d’autres sens. Le carré s’affranchit de son support, évolue et devient volumétrique. Par transparence ou sur les côtés, on peut voir les images peintes sur la toile. Reconstitution et effacement du passé se mêlent. La plasticienne maintient des restes d’images, quelque chose existant a priori semble toujours être présent, mais elle donne naissance à une toute autre forme.

Elena Bajo est surtout connue pour ses performances, ses chorégraphies et  installations. Tour à tour peintre, sculptrice ou vidéaste, sa quête se nourrit de philosophie et de sociologie. Les objets pris séparément n’ont pas vraiment de sens. Ils sont toujours assemblés, juxtaposés et présentés par des intellects humains. Ils sont donc destinés à interagir avec d’autres objets ou d’autres êtres.  Une plasticienne à découvrir.

Elena Bajo, Victory over the sun
D+T Project Gallery
4 rue du Bosquet
1060 Bruxelles
Jusqu’au  12 mars 2016
Du jeudi au samedi de 12h à 18h30
www.dt-project.com

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Elena Bajo, Exhibition Victory over the Sun, D+T Project Gallery Brussels, 2016

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Elena Bajo, Exhibition Victory over the Sun, D+T Project Gallery Brussels, 2016

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Elena Bajo, Exhibition Victory over the Sun, D+T Project Gallery Brussels, 2016

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Elena Bajo, Exhibition Victory over the Sun, D+T Project Gallery Brussels, 2016

Elena Bajo, D+T Project Gallery

Elena Bajo, Exhibition Victory over the Sun, D+T Project Gallery Brussels, 2016

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Elena Bajo, Exhibition Victory over the Sun, D+T Project Gallery Brussels, 2016

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