Mig Quinet (1906-2001), Le lecteur assidu, 1983, huile sur toile, estimation 3-5.000 euros, lot 117 de la collection Wolfcarius mise en vente le 6 mars 2016 chez Cornette de Saint Cyr à Bruxelles – www.cornette-saintcyr.be

Cette œuvre de Mig Quinet est l’un des 313 lots de la collection Wolfcarius que Cornette dispersera à Bruxelles. Constitué depuis 1974 par ce collectionneur atypique au goût éclectique, cet ensemble porte la griffe singulière d’un homme séduit par l’art intimiste et discret autant que par les francs-tireurs. S’y retrouvent une grosse majorité de Belges – connus et moins connus – mais aussi de grandes pointures internationales comme Hartung ou Poliakoff. S’enchaînent dès lors (re)découvertes et talents reconnus, tous mouvements confondus – à l’exception du surréalisme et du symbolisme auxquels le collectionneur avoue ne porter aucun intérêt. De même, il n’hésitera jamais « entre l’œuvre extraordinaire d’un inconnu et l’œuvre ordinaire d’une sommité » et conclura en affirmant « au plus intemporel, au plus unique, au mieux ».

C’est que l’homme a du caractère et il a souvent couché sur papier sa conception de l’art et son point de vue sur certains créateurs. Ainsi, « A propos de certains artistes, au sujet desquels Criticamus ne disait rien, ou rien de pertinent, j’ai vite éprouvé l’envie de fixer mes impressions : c’est ainsi que j’ai écrit un essai sur l’écrivain autrichien Thomas Bernhard, ensuite sur l’écrivain français Jacques Borel, enfin sur le peintre belge Daniel Bruniaux ; j’eusse aimé faire de même pour Bernard Ghobert, et même Henri Le Roux, mais tout ça n’intéressant personne, on finit par se dire à quoi bon ? » Le catalogue de Cornette lui a offert l’occasion de commenter ses œuvres de ses élucubrations. En Mig Quinet, il voit une « peintre poète fantasque, acerbe et désinvolte ayant même un petit grain de folie ! »

C’est dans cet esprit qu’il décode son Lecteur assidu : « Est-il assis ? Si oui, le siège a disparu ; si non, quelle posture étrange ! Et quel accoutrement bariolé : pied droit botté comme le dernier des Mohicans, pied gauche encapuchonné d’un simple chausson rouge. Le bord supérieur du journal semble démultiplié, comme pour suggérer la secousse que le lecteur serait en train de lui donner, afin de le remettre dans une position plus confortable (ce procédé, scolaire et systématique chez les futuristes, est ici détourné tout en légèreté : l’ensemble de ces lignes évoque plutôt un très lâche fétu de branchages). Si la tête n’est pas physiologiquement au bon endroit, c’est que ce lecteur a évidemment la tête dans son journal (il y est absorbé) ; mais peut-être n’est-il pas du tout en train de lire, et c’est qu’il n’y a littéralement rien à lire : le journal est transparent ; il n’est rien en lui-même, n’a aucun contenu propre (c’est le propre des journaux) ; du reste, les mains (très végétales également) sont, elles aussi, dans une position curieuse : ainsi tenu, un aussi grand journal plierait de lui-même… Tout cela est bien mystérieux ; l’imagination a ses raisons… dont la peinture de Quinet se repaît. »

Mig Quinet (c)Cornette de saint cyr/wolfcarius

Mig Quinet, Le lecteur assidu, 1983, huile sur toile, (c) Cornette de Saint Cyr/Wolfcarius

Une réponse

  1. Jean-Pierre

    Bon article !
    Je ne connaissais ni cet artiste ni de fait ce collectionneur non plus.
    J’irai donc faire un tour chez Cornette.

    Répondre

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