Jérôme Bosch est un des artistes les plus bizarres de la fin du Moyen-Age. Ce primitif flamand un peu tardif, travaillant dans un centre assez éloigné des grandes villes du Brabant (Bruxelles et Anvers), n’a pas toujours fasciné par son imagination. Son œuvre a eu beaucoup de succès, surtout après sa mort, dans l’élite bourguignonne et habsbourgeoise (d’où des œuvres en Flandre, à Madrid et à Vienne), mais aussi plus largement, par la diffusion de gravures, généralement produites à Anvers (notamment par Pierre Bruegel I !). Il a refait surface au XXe siècle grâce aux surréalistes, et, plus tard et à plus grande échelle encore, grâce à l’époque des hippies. Pour ces derniers, le Jardin des Délices était un manifeste et peut-être bien la Constitution illustrée de leur nouvelle société – restée à l’état de rêve.

La ville de Bois-le-Duc prépare depuis longtemps l’exposition présentée aujourd’hui. On met l’accent sur l’authenticité, en ne montrant que des tableaux et dessins qui ont été touchés par la main de l’artiste (donc pas de gravures d’après lui). Un comité issu du Bosch Research and Conservation Project a pris la responsabilité de la sélection. Il édite, cinq siècles après la mort de l’artiste, un catalogue raisonné de l’œuvre, publié, comme le catalogue de l’exposition, par le Fonds Mercator. Un miracle ?

Le Noordbrabants Museum a réservé tout le rez-de-chaussée à l’exposition. Vous y découvrez – dans une présentation assez spacieuse – une centaine d’œuvres de l’époque qui illustrent l’ambiance artistique et religieuse pendant la vie du peintre. Seule une quarantaine d’œuvres est attribuée par le Comité à Bosch lui-même. En conséquence, vousy découvrez la totalité actuellement connue des dessins (y compris une découverte récente, dans une collection privée belge, Paysage infernal). Ce qui est exceptionnel !

Le nombre de peintures (panneaux peints) est un peu plus réduit, du fait que des œuvres majeures sont restées au Prado, entre autres. C’est compréhensible, tenant compte du statut de star du peintre actuellement.

Les tableaux ont été examinés en utilisant toutes les techniques contemporaines. C’est ainsi qu’on a retrouvé, grâce à la photographie infrarouge, la figure d’un donateur, oblitérée par la suite par une fleur grotesque, sur un panneau d’une collection madrilène, Saint-Jean Baptiste, ca 1490-95. On ignore la raison de la disparition du donateur du retable de la confrérie de Notre-Dame, dont le peintre était membre. C’est la qualité de la fleur qui le remplace qui en a fait une oeuvre authentique du maître.

L’exposition est structurée d’une façon chronologique et thématique à la fois. On commence par un aperçu de la vie, comme un pèlerinage. Vous y trouvez une des sensations de l’expo, la réunion de la Nef des Fous du Louvre avec un panneau de Yale, qui proviennent d’un triptyque démembré à un certain moment, et dont le Fils prodigue de Rotterdam a dû faire partie aussi. Cela illustre le sérieux de la recherche scientifique qui a prévalu à cette exposition.

On passe ensuite à l’ambiance artistique et culturelle de Bois-le-Duc, qui est, avec 30 numéros, la section la plus importante. Suivent la vie du Christ, avec une copie du panneau central du Jardin des Délices du milieu du 16ème siècle , puis la section de dessins, avec 18 dessins originaux, et des sections Saints et Fin du Monde, avec des œuvres conservées à Gand, Bruges et Venise. Il n’était visiblement pas possible de définir un parcours chronologique précis, par manque de données précises concernant la biographie du peintre. Mais le résultat est plus que satisfaisant.

Notons toutefois que la ville de Bois-le-Duc n’a pas réitéré l’expérience d’une précédente exposition Bosch (de 1967) de mêler Bosch et l’art contemporain. Néanmoins, il existe un programme comparable, à partir de juin avec un Tribute to Hieronymus Bosch in Congo de Jan Fabre, des chefs d’œuvre flamands de la collection Brukenthal (Roumanie), les Sept Pêchés Cardinaux, par Gurt Swanenberg et Pieter Bruegel, etc. L’année Bosch sera une année riche en expériences et en points de vue.

Hieronymus Bosch
Noordbrabants Museum

Bois-le-Duc
Pays-Bas
Jusqu’au 8 mai
www. bosch500.nl

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Jérôme Bosch, Le navire des fous, Musée du Louvre, Département des peintures, Paris

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Jérôme Bosch, Paysage de l’enfer, Musée du Louvre, Département des peintures

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Jérôme Bosch, La tentation de Saint Antoine, The Nelson Atkins Museum of Art, Kansas City

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