En 2016, la Belgique et le Japon célébreront le 150e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques et d’amitié qui devaient permettre la création de relations commerciales durables et faciliter une découverte réciproque de nos cultures. Pour l’occasion, le Musée Royal de Mariemont accueille une exposition temporaire consacrée à la céramique japonaise de la période Edo, telle qu’elle apparaît dans la collection personnelle de l’artiste belge Gisbert Combaz.

Un ensemble atypique de 47 pièces est exposé pour la première fois : des objets décoratifs, des petits vases, des bouteilles à saké, diverses céramiques utilisées pour la cérémonie du thé, quelques ustensiles destinés au cabinet du calligraphe. Aborder l’histoire de cette modeste collection, c’est se replonger dans la période faste de notre art belge et des grands bouleversements esthétiques européens du XIXe siècle. A cette époque, un vent de contestation soufflait dans les salons de la capitale contre un académisme jugé rigide et conservateur. Cette volonté de rupture fut portée par le cercle avant-gardiste Les XX, annonciateur de l’Art nouveau. Et c’est ce même Art nouveau qui favorisera l’implantation d’une esthétique nouvelle très tendance, le japonisme. L’estampe japonaise influencera particulièrement l’affiche Art nouveau.

C’est armé de son talent d’illustrateur que Gisbert Combaz débarqua dans le monde l’art, alors qu’il était jeune avocat. Il transposa ces apports japonais dans une dizaine d’affiches proposées pour la Libre Esthétique. Egalement historien d’art, orientaliste reconnu, enseignant à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Belgique, il partagea volontiers son intérêt profond pour les arts japonais avec ses amis et ses élèves, contribuant à les faire connaître en Belgique. Sa fréquentation des antiquaires allait l’amener à collectionner la céramique japonaise. A la mort de Combaz, cet ensemble fut acheté par le collectionneur Ivan Lepage. La collection Lepage fut à son tour acquise en 1963 pour le Musée de Mariemont à la mort de ce dernier. Le répertoriage méticuleux des acquisitions de Lepage révéla une quarantaine de céramiques ayant auparavant figuré dans la collection de Gisbert Combaz.

A l’époque où Combaz réunissait les pièces éclectiques de sa collection, la céramique japonaise historique était encore fort méconnue et les Japonais eux-mêmes ne s’y étaient pas encore intéressés. Question ouvrage de référence en la matière, ce n’était guère mieux. Il fallut attendre 1940 pour que Bernard Leach publie son livre A Potter’s Book, manuel de technique et d’esthétique où il rendait compte des traditions d’ateliers de l’Extrême-Asie. Véritable référence du potier de l’après-guerre, c’est en 1950, avec le renouveau de la céramique de création, que le céramiste belge Antoine de Vinck en acheva une traduction française pirate, faisant connaître ce manuel à de nombreux potiers qu’il fréquentait en Belgique et en France et participant à la promotion du grès et des techniques d’émaillage à la cendre végétale. La découverte des richesses esthétiques des grès japonais suscitera la redécouverte du grès salé traditionnel européen. Et ce sont ainsi plusieurs céramistes belges de sa génération qui lui emboitèrent le pas et furent fortement marqués par cet esprit japonais qui traversait alors les arts décoratifs européens.

L’intérêt de la collection de Combaz est dans cette ouverture aux pièces populaires – notamment des grès d’inspiration coréenne – et à la céramique du thé. Certains objets modestes dans leur simplicité matérielle, formelle et ornementale se démarquent ainsi des excès décoratifs qui étaient la norme à l’époque. L’infinie variété des glaçures, et tout particulièrement les techniques de glaçures à la cendre et ses effets tellement prisés des Japonais, l’enthousiasmèrent fortement. Cette passion, partagée de son vivant, a laissé sa marque sur les générations d’artistes belges suivantes.

Le propos de l’exposition est celui d’un regard croisé, puisqu’une vingtaine d’œuvres issues des collections de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de son Centre Keramis à La Louvière sont exposées en regard de celles collectionnées par Gisbert Combaz : des céramiques d’Antoine de Vinck, Pierre Culot, Paul Delhaye, Emile Diffloth ou Bernaud Gaube.

Un esprit japonais, Gisbert Combaz, la céramique d’Edo et la création belge
Musée Royal de Mariemont
100 chaussée de Mariemont
7140 Morlanwelz
Jusqu’au 10 avril
Du mardi au dimanche de 10h à 17h.
http://www.musee-mariemont.be/

musee-royal-mariemont-jarre-c

Jarre, ca 1700, grès et glaçure transparente irisée (c) MRM, M.L.

vase-a-rincer-les-coupes-musee-royal-de-mariemont

Vase à rincer les coupes, début XIXe siècle, grès, (c) MRM, M.L.

chaufferette-en-forme-de-shishi-musee-royal-de-mariemont

Chaufferette en forme de Shishi, XIXe siècle, grès, (c) MRM, M.L.

vase-a-fleur-unique-musee-royal-de-mariemont

Vase à fleur unique, ca 1830, grès porcelaineux, (c) MRM, M.L.

shoji-hamada-vase-hexagonal

Shoji Hamada, vase hexagonal, grès et décor végétal peint à l’oxyde de fer (c) MRM, M.L.

gisbert-combaz-la-libre-esthetique-le-port

Gisbert Combaz, La Libre Esthétique, Le Port, 1903, Musée d’Ixelles Bruxelles, (c) photo Mixed media

antoine-de-vinck-vase-pansu-centre-keramis

Antoine de Vinck, vase pansu, 1965, grès salé (c) Centre Keramis, La Louvière

ernest-tondeur-l-asie-centre-keramis

Ernest Tondeur, L’Asie, plat décoratif, 1889, faïence fine, Coll. Centre Keramis, (c) MRM, M.L.

bouteille-a-sake-musee-royal-de-mariemont

Bouteille à saké, XIXe siècle, grès porcelaineux, (c) MRM, M.L.

claude-delhaye-bouteille-a-pans-coupes-centre-keramis

Claude Delhaye, bouteille à pans coupés n°6, 1982, grès pyriteux, (c) Centre Keramis, La Louvière

l-esprit-japonais-musee-royal-de-mariemont

Vue de l’exposition, L’Esprit japonais, Musée Royal de Mariemont, (c) photo Eric Mabille

musee-royal-de-mariemont-vue-exposition-l-esprit-japonais-2016

Vue de l’exposition L’esprit japonais, Musée Royal de Mariemont, 2016, (c) photo Eric Mabille

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.