Orazio Gentileschi, Danaé, 1621, huile sur toile, lot 41, vendu 30.5 millions de dollars chez Sotheby’s à New York, le 28 janvier 2016 – www.sothebys.com

La princesse légendaire d’Argos chantée par Ovide et représentée par de nombreux artistes est au firmament, tout comme son auteur Orazio Gentileschi (1563 – 1639). Le peintre italien du XVIIe siècle a multiplié par 7 son précédent record mondial lors de la Master Paintings Evening Sale du 28 janvier dernier, atteignant plus de 30 millions de dollars. Le tableau qui a permis d’enregistrer de telles enchères est une oeuvre de qualité muséale. Son parcours, très bien documenté, l’a laissé en prêt deux ans au Metropolitan de New York, entre 2013 et 2015. La vente de Sotheby’s a entériné son ancrage muséal puisqu’il fait désormais partie des collections du musée J. Paul Getty (Los Angeles) où il a rejoint Les filles de Loth dues au même peintre et faisant partie de la même commande. Les deux tableaux se retrouvent donc avec d’autant plus de bonheur qu’ils faisaient partie d’un ensemble, que Giovanni Antonio Sauli demanda à l’artiste, alors en vogue, de réaliser pour son palais génois. Gênes La superba était à l’époque une cité riche et prospère. Pierre Paul Rubens et Guido Reni y avaient déjà laissé leurs marques. Van Dijk arriva la même année qu’Orazio Gentileschi qui y resta jusqu’en 1624, date à laquelle l’Italien partit pour la France puis l’Angleterre où il sera nommé peintre de la Cour de Charles I en 1626. Mais l’époque la plus accomplie de sa carrière coïncide avec la période où il travailla pour Sauli et où il produisit cet ensemble composé de trois tableaux : Danaé, la Madeleine pénitente (collection privée, New York) et Les filles de Loth (Getty Museum). Des trois, c’est la scène mythologique, qui présente une sublime Danaé à la peau nacrée sous une pluie de pièces d’or, qui est considérée comme la pièce maîtresse, remarquable tant au niveau du fond que de la forme. L’artiste, qui ne se départira ni du lyrisme ni du sens de la couleur hérités de sa formation maniériste, témoigne ici d’un certain caravagisme. Il est en effet considéré comme l’un des rares artistes de sa génération ayant réussi à mélanger le naturalisme de Caravage avec une sophistication formelle en utilisant la lumière comme un outil pour célébrer la beauté plutôt que comme un dispositif théâtral. Tout le talent de cet artiste novateur est tangible dans cette composition qui oppose une Danaé sensuelle et sereine, à peine dévoilée par un Cupidon bien viril, au mouvement dynamique engendré par Jupiter métamorphosé en une pluie d’or et de rubans. Le tableau, dominé par une puissante diagonale, est un éloge à l’amour, aux belles matières et aux infinies nuances de la couleur, de la transparence et de la lumière. Ce fantastique chef-d’œuvre du baroque italien est considéré comme l’un des tableaux baroques italiens les plus importants à se présenter sur le marché depuis la Seconde Guerre mondiale. Pas étonnant qu’il soit l’une des stars du marché de ce début 2016 !

danaé-lot 41 (1024x734)

Orazio Gentileschi, Danaé, 1621, huile sur toile, (c) Sotheby’s

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.