Les aficionados de la céramique connaissent bien évidemment Puls Contemporary Ceramics, la galerie ouverte il y a une quinzaine d’années dans le quartier du Châtelain par la Danoise Annette Sloth. Cette plateforme pour les artistes de cette discipline, à la frontière du design et de l’art, défend à la fois des artistes confirmés et des artistes émergents, avec une patience et une passion reconnues par les collectionneurs du monde entier.

A la fois solide et fragile, la terre, qu’elle soit blanche comme la porcelaine, brune comme la glaise, liquide ou souple, passe l’épreuve du feu. L’ordalie – ou épreuve du feu – est un ancien mode de preuve en justice, de nature religieuse, aussi appelé jugement de Dieu. Il consiste à soumettre les plaidants à une épreuve dont l’issue, déterminée par Dieu, désigne la personne bien-fondée. Le feu du four – peut-être tout aussi divin ! – rend la pièce de céramique solide, pérenne, fixée en un état qui la rend, entre autres, résistante à l’eau. Technique ancestrale, utilisée dès la préhistoire pour confectionner des récipients, le travail de la terre est à la fois infiniment simple et archaïque – deux éléments premiers : la terre et le feu – et extrêmement sophistiqué. C’est sans doute l’ensemble de ces aspects techniques et historiques, additionné à l’incrustation précise dans l’ici et le maintenant par l’artiste d’aujourd’hui qui rend les œuvres en céramique si fascinantes.

Pálma Babos (1961, Hongrie), gagnante de plusieurs prix internationaux en céramique et design industriel, construit des tours fragiles en porcelaine blanche, qu’elle nomme parfois Tour ou Couple ou Nuages. A la fois immeubles et réseaux, structures et colonnes, ces tours ont tendance à s’effondrer. Cet affaissement se joue entre le maillage de porcelaine blanche et les espaces entre chaque fine lamelle vernissée. Le solide et l’aérien. Le plein et le creux. La présence et l’absence. Dans ces œuvres, c’est l’instant avant le drame qui est figé. Avec grâce mais de manière inéluctable. Certaines tours semblent danser, d’autres ont commencé à tomber. Le spectateur se projette sans effort dans ces pièces qui dégagent force et faiblesse à la fois. On dirait, ici, qu’on pourra ranger nos pensées les plus ambivalentes entre deux fines lamelles de porcelaine, l’envie de tenir et l’envie d’en finir, l’envie d’être debout ou celle de se coucher sans demander son reste.

Kim Jin Eui (1977, Corée du sud) vit et travaille en Grande-Bretagne. Ses œuvres jouent avec les tons sourds de l’engobe, un revêtement mince, à base d’argile délayée colorée, appliqué sur une pièce de céramique cuite une première fois pour modifier sa couleur naturelle. De nouveau, les techniques anciennes se mêlent aux effets ultramodernes, puisque l’artiste crée des illusions d’optique avec des cercles parfaitement formés qui troublent l’œil. Comme des cibles, ses pièces – rondes et plates à accrocher au mur ou rondes et hautes qui s’ouvrent comme des boîtes – déploient leur présence mystérieuse entre objet du quotidien et ovni étrange. C’est ce qui les rend belles.

Puls Contemporary Ceramics
19 rue du Page
1050 Bruxelles
Jusqu’au 20 février
Du mercredi au samedi de 13h à 18h
http://www.pulsceramics.com/

Balbos-Twin-Tower

Pálma Babos, Twin Tower, Puls Contemporary Ceramics

Balbos-Passionate-Couple

Pálma Babos, Passionate couple, Puls Contemporary Ceramics

Balbos-HugeTower

Pálma Babos, Huge Tower, Puls Contemporary Ceramics

Balbos-Couple-2

Pálma Babos, Couple, Puls Contemporary Ceramics

Balbos-Couple-1

Pálma Babos, Couple, Puls Contemporary Ceramics

Balbos-Clouds-above-the-city

Pálma Babos, Clouds above the city, Puls Contemporary Ceramics

Kim-Jin-Eui

Kim Jin Eui, Puls Contemporary Ceramics

Une réponse

  1. Emma

    Merci pour l’article, je suis très contante de voir les oeuvres de Pálma Babos à Bruxelles!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.