Au-dessus de nos têtes, un large mobile, à la fois immense et infiniment léger. Les pastilles de métal accrochées aux extrémités de chacune de ses branches entraînent l’ensemble dans une douce oscillation qui, parfois, émet un bref tintement. On dirait un nuage, une envolée d’oiseaux. On dirait quelques flocons qui tomberaient très paresseusement du ciel. L’exposition Alexander Calder à voir à la Tate Modern de Londres est une merveille. Un régal pour les yeux et le cœur.

C’est la plus importante exposition jamais consacrée au Royaume-Uni à Alexander Calder (1898-1976), ce pionnier de la sculpture cinétique et l’un des artistes les plus innovants du XXe siècle. A travers de plus d’une centaine d’œuvres, on découvre à la fois le cheminement chronologique et les différentes expérimentations de l’artiste. Alexander Calder ne calculait rien. Il expérimentait. Calder n’était pas un ingénieur – bien qu’il eut une formation d’ingénieur – mais un artiste. Il ne prenait pas de notes, ne faisait pas de croquis ni de plan. Il travaillait dans l’instant, coupait des formes et, par expérimentations, les assemblait jusqu’à trouver un équilibre, dans une quête presque magique.

« Une sculpture, c’est un poids, une forme, une taille, la couleur, le mouvement et ensuite, le bruit », expliquait l’artiste lors d’une interview dans les années 1960. C’est cette palette élargie d’éléments qui fait la magie des sculptures de Calder, l’un des premiers – avec Pol Bury en Belgique – à décider qu’une sculpture ne devait pas forcément être statique. Ce faisant, il se déjoue de la pesanteur et le spectateur perd ses repères.

L’exposition est construite de manière chronologique, ce qui permet d’illustrer comment Calder en vint à ses grands mobiles. Dans les premières salles, voici les premières sculptures de l’artiste, qu’il réalise en fil de fer dans les années 1920 à Paris : un éléphant, un acrobate, une femme… On y voit aussi sa passion pour le cirque. En octobre 1930, Mondrian vient voir le petit théâtre de marionnettes, Le Cirque, que Calder active de ses grandes mains. Tombé sous le charme, il l’invite à visiter son atelier. Lors de sa visite chez Mondrian, Calder découvre l’abstraction, qui le fascine. Il crée alors ses premières sculptures abstraites, déjà mouvantes, avec des cercles suspendus. On y sent les prémices de ses grands mobiles.

Ensuite, il ajoute des petits moteurs à l’arrière de ses sculptures, mécaniques qu’on ne peut plus activer aujourd’hui car elles sont devenues trop fragiles et irréparables. Ses œuvres motorisées seront décrites par la critique comme évoluant en une quasi astral dance. Dès 1930, Calder envisage chaque élément d’une œuvre comme capable de bouger, d’osciller, d’aller et venir et d’entrer en relation avec les autres éléments de son univers, l’œuvre comme une galaxie. Cette délicate série d’interactions signifie que l’œuvre développe sa propre vie indépendante.

Pour l’Exposition Internationale de 1937 à Paris, dans le pavillon espagnol, Calder présente une grande installation faite d’éléments posés, pendus ou en équilibre. C’est une œuvre importante dans laquelle il tente d’exposer la confrontation entre le socialisme et le fascisme.

Dans la deuxième moitié de l’exposition, place aux grands mobiles suspendus ou posés sur un léger support, en une suite absolument sublime d’oscillations délicates, de plans qui ne durent que quelques secondes, d’impressions fugaces, d’envolées de légèreté. Certains mobiles produisent un son, son qui est comme une interprétation du mouvement. L’exposition se termine avec le grand mobile Black Widow (1948) présenté pour la première fois en dehors du Brésil. Une visite s’impose !

Alexander Calder
Performing Sculpture
Tate Modern
Londres
Angleterre
Jusqu’au 3 avril
www.tate.org.uk

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Alexander Calder in his Roxbury studio, 1941, photo Calder Foundation, New York / Art Resource, NY, (c) 2015, Calder Foundation, New York / DACS, London

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Alexander Calder, Triple Gong, c.1948, Calder Foundation, New York, NY, USA, photo Calder Foundation, New York / Art Resource, NY, (c) 2015, Calder Foundation, New York / DACS, London

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Alexander Calder, White Panel,1936, Calder Foundation, New York, NY, USA, photo Calder Foundation, New York / Art Resource, NY, (c) 2015, Calder Foundation, New York / DACS, London

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Alexander Calder, Red and Yellow Vane, 1934, Calder Foundation, New York, NY, USA, photo Calder Foundation, New York / Art Resource, NY, (c), 2015 Calder Foundation, New York / DACS, London

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Alexander Calder, Antennae with Red and Blue Dots, c.1953, (c) 2015 Calder Foundation, New York / DACS, London

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