Emile Claus, Pont à Londres, octobre 1918, huile sur toile, lot 98, vendu 380.000 euros le 16 novembre 2015 par l’Hôtel de ventes Horta à Bruxelles – www.horta.be

Et s’envolent les enchères ! Estimée 150-250.000 euros, cette toile d’Emile Claus a réalisé à Bruxelles un record mondial pour l’artiste belge, engrangeant 380.000 euros (hors frais) lors de la vente de novembre chez Horta. Il faut dire que cette grande toile de qualité muséale est en outre dotée d’un beau pédigrée (succession du Baron Cassel, dispersée par la Galerie Georges Giroux en 1953). Cette peinture date de 1918, époque pendant laquelle Emile Claus (1849-1924) est exilé à Londres. Son atelier donnant sur le fleuve, l’homme fasciné par les paysages en bord de rivière n’a de cesse de le peindre à toute heure et en toute saison. Sous la neige, la brume, la pluie ou l’épais brouillard, à midi, au coucher de soleil, le soir, la Tamise est une source d’inspiration inépuisable pour celui que l’on appelle aussi le peintre de la Lys.

Dès 1883, l’artiste s’était en effet installé dans un ancien pavillon de chasse près de Deinze en bordure de cet affluent de l’Escaut. Cet endroit deviendra par la suite sa résidence. Il y accueillera ses amis peintres, poètes ou hommes de lettres, dont Camille Lemonnier qui eut une influence déterminante sur la suite de sa carrière. C’est grâce à lui qu’Emile Claus se rend à Paris, découvre l’impressionnisme et l’œuvre de Monet. Il délaisse petit à petit la figure humaine pour se tourner vers le paysage, le rendu d’une atmosphère sensible et lumineuse. Cette quête de la lumière l’emmènera sous d’autres latitudes – l’Espagne, l’Algérie, le Maroc – mais aussi la France, la Zélande ou Venise où il réalise des vues du Grand Canal, annonciatrices de ce qu’il fera à Londres entre 1914 et 1919.

La grande toile de Horta fait partie de cet ensemble connu sous le titre collectif de Réverbérations sur la Tamise, une sorte d’exercice de style dans lequel l’artiste dépeint inlassablement le Victoria Embankment, le cours d’eau et ses ponts, adaptant sa palette et sa touche à la lumière changeante au fil des heures et des saisons… Plusieurs de ces œuvres sont conservées dans des musées, dont le MRBAB à Bruxelles pour Waterloo Bridge, soleil et pluie. Mars, 1916 ou Derniers rayons vers Blackfriars Bridge. Mars, 1917 mais aussi en Allemagne (Dresde, Berlin) et en France (Orsay, Douai). La superbe version que l’hôtel de ventes bruxellois a mise aux enchères en novembre dernier est entrée dans les annales, pulvérisant son estimation de départ pour établir un record mondial en ses terres.

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Emile Claus, Pont à Londres, octobre 1918, www.horta.be