La grisaille hivernale qui recouvre Gand n’en occulte pas sa beauté. Au sortir d’une gare Saint-Pierre en plein lifting, il ne faut que quelques secondes pour être séduit pas les atouts clinquants d’une cité gantoise en phase avec son époque. C’est un Baudouin pensif qui accueille les promeneurs à l’entrée du CitadelPark. A l’autre bout du parc, le Musée des Beaux-Arts propose jusqu’au 28 février l’exposition L’Age d’or revisité, en hommage à l’exceptionnelle période d’émulation artistique connue aux Pays-Bas durant le XVIIe siècle.

L’architecture particulière du Musée des Beaux-Arts gantois n’est pas vraiment la plus adaptée pour accueillir un musée : grandes salles à échos caverneux et petites salles confidentielles s’enchevêtrent en miroir dans cet ensemble complexe, obligeant les visiteurs d’un jour à se munir d’une carte fournie à l’entrée. Il faut le reconnaitre, c’est aussi ce qui fait la beauté du lieu.

Un âge d’or contextualisé

L’Age d’or revisité occupe une petite aile récemment rénovée. On y découvre une exposition sur fonds propres où natures mortes côtoient sans honte paysages, larges portraits de notables, marines et scènes de la vie quotidienne. Si aucune œuvre ne se détache réellement parmi les 60 tableaux exposés (à part peut-être le Fumeur d’Aelbert Janz van der Schoor), c’est plutôt la valeur globale de la collection qui impressionne, laissant entrevoir l’insatiable énergie présente dans l’art hollandais du XVIIe. Des objets d’époque ont été intégrés dans une deuxième salle pour rendre compte des modèles utilisés par les maîtres. On y trouve de tout : de la porcelaine de Delft, un astrolabe (ancien instrument astronomique), mais aussi le précurseur de nos musées modernes, un cabinet de curiosités, qui impressionne par sa complexité.

L’exposition offre l’occasion de poser le regard sur une époque pas si dorée : distribution aux pauvres, images de kermesses et scènes de pillages évoquent le sort hasardeux laissé aux classes populaires. Ces instantanés trahissent une peinture fortement influencée par la mentalité des classes dominantes : lorsqu’elles ne sont pas vertement condamnées, les prétendues mœurs d’un peuple libidineux sont exagérées, fantasmées. D’autres observations sur l’époque et anecdotes savamment distillées dans un livret fourni font de L’Age d’or un plaisir tant cérébral qu’oculaire. C’est un peu court, mais cela laisse tout le temps pour parcourir la collection permanente du MSK : entre Torajiro Kojima, la Kathleen de Harrington MannKokoschka, un Constantin Meunier pour une fois peintre et La Fontaine des Agenouillés de George Minne, en n’oubliant pas la restauration en live de l’Agneau mystique (van Eyck), il y a de quoi passer encore quelques tours d’horloge dans un Museum voor Schone Kunsten plein de ressources.

L’Age d’or revisité
MSK
1 Fernand Scribedreef 
Citadelpark
9000 Gent
Jusqu’au 28 février
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
http://www.mskgent.be/

10 Albert Jansz. van der Schoor

Le Fumeur, Albert Jansz. van der Schoor, circa 1655, (c) MSK Gent

AEvanrabel

Stilleven, A.E. van Rabel, 1653, (c) Museum voor Schone Kunsten Gent

Dorp Kermis, Joost Cornelisz, 1629, (c) MSK Gent

Dorp Kermis, Joost Cornelisz, 1629, (c) Museum voor Schone Kunsten Gent

08 Melchior DHondecoeter

Watervogels, Melchior d’Hondecoeter, ca. 1685, (c) MSK Gent

AEvanrabel

Stilleven, A.E. van Rabel, 1653, (c) MSK Gent

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.