C’est un projet curatorial que nous offre la galerie Laurentin. Une précieuse rétrospective de l’œuvre de Raoul Ubac, la première en galerie depuis sa disparition en 1985. Sur ses pas, on sent une empathie extraordinaire entre l’artiste et le galeriste. Un dialogue qui relie quelque cinquante encres, gouaches, empreintes et sculptures dans une exposition qui livre un soupçon du mystère de l’artiste et embrasse la quasi-totalité de sa carrière. Au-delà d’une apparente austérité, des affinités fécondes entre nature et création.

L’origine de l’existence se trouve là, dans la taille de ces ardoises, de ces tableaux reliefs faits de résines synthétiques. D’où vient ce goût pour le sillon et l’empreinte ? De la terre nourricière et de ses labours immémoriaux. On ne s’en étonnera pas en sachant que notre sculpteur est né en 1910 à Malmédy, pays de sources et de tourbières devenu belge après la première guerre mondiale. Raoul Ubac aimera faire d’interminables marches à travers les Hautes Fagnes, ses bruyères et ses vertes forêts qui devant lui se prolongent. Où le vent fait silence, où l’on ne rencontre plus rien sur ces étendues paisibles et silencieuses, où la seule présence de l’homme se révèle au rythme des pas. Cette nature qu’il observe, qu’il fait sienne, sent et hume, sera le socle de sa création, sa sève intellectuelle, l’essence de son identité d’artiste. « Il m’est apparu que ce rythme créé par le cultivateur est un rythme fondamental du monde », confiait Raoul Ubac lors d’un entretien. D’où ces magnifiques empreintes de pierres, ces lignes, ces nervures travaillées à la gouache.

Ubac s’est rapproché du surréalisme et a été membre du groupe CoBrA. L’exposition montre quelques pastels de ces périodes, jamais exposés auparavant. Au cours d’un voyage en Haute-Savoie en 1946, il y ramasse une ardoise et la grave avec un clou. Après cette révélation, rien ne devra plus l’arrêter. Jusqu’à la fin de sa vie, elle va être sa principale expression artistique. Il va se pencher en penseur sur ce matériau, fort et fragile à la fois, qu’il va creuser et rayer, donnant à ces infinies nuances charbon la beauté des fossiles. Très discret de son vivant, Raoul Ubac a été peu montré. On sait gré à Laurentin d’avoir réuni autant de trésors, la plupart issus de collections privées. Une exposition à conquérir.

Raoul Ubac
Laurentin Gallery
43 rue Ernest Allard
1000 Bruxelles
Jusqu’au 9 mars 2016
Du mardi au samedi de 10h30 à 18h30
http://www.galerie-laurentin.com

raoul-ubac-le-monde-entier-est-rythme-10

Raoul Ubac, Sillons, 1969, Tapisserie d’Aubusson Pinton, 1/3, Laurentin Gallery

 raoul-ubac-le-monde-entier-est-rythme-8

Raoul Ubac, Sans titre, 1946, pastel sur papier, Laurentin Gallery

 raoul-ubac-le-monde-entier-est-rythme-7

Raoul UBAC , Le champ labouré, ardoise et aggloméré, Laurentin Gallery

 raoul-ubac-le-monde-entier-est-rythme-6

Raoul Unac, Torse rouge
Amalgamées, sable et ardoise sur bois, 1972, relief à base de résine, Laurentin Gallery

 raoul-ubac-le-monde-entier-est-rythme-5

Raoul Ubac, Sans titre, vers 1975, erdoise sculptée, Laurentin Gallery

raoul-ubac-le-monde-entier-est-rythme-4

Raoul Ubac, Sans titre, 1968, gouache, Laurentin Gallery

 raoul-ubac-le-monde-entier-est-rythme-3

Raoul Ubac, Torse, vers 1980, plume et encre de Chine, Laurentin Gallery

raoul-ubac-le-monde-entier-est-rythme-2

Raoul Ubac, Sillons, vers 1970, ardoise sculptée, Laurentin Gallery

Raoul Ubac, Laurentin Gallery

Raoul Ubac, Tête blessée, 1946, pastel, Laurentin Gallery

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.