Let’s move!, un titre qui claque comme un étendard. C’est de couleur et de mouvement au sens large qu’il s’agit. De mobilité réelle ou en trompe-l’œil. L’exposition à la Patinoire Royale lève le rideau sur les fondements d’un art cinétique fécond et porteur de folles espérances. Longtemps excommunié de la scène artistique, il y fait son retour depuis quelques années. Face à la résurgence de ces belles gammes chromatiques et cet heureux mariage entre art et expérimentation, vous douterez, vous y verrez double ou même triple. Le regard sous influence, vous y apprécierez de très belles pièces dans un bâtiment remarquable.

Remontons à l’aube du XXe siècle. Le futurisme amorce les premiers bouleversements plastiques. Il voue un culte à la vitesse mécanique mais reste fidèle aux pratiques artistiques traditionnelles. Le cinétisme lui emboîte le pas et se développe lentement en Europe à partir des années 1950, en ébranlant la notion de statisme de l’objet d’art. C’est l’exposition organisée par la Galerie Denise René, Le Mouvement, qui lui met le pied à l’étrier le 6 avril 1955. Vasarely théorise cette avant-garde et publie le Manifeste Jaune. En 1964, Mouvement 2 en marque l’apogée internationale. Riche d’une position intellectuelle qui dépasse la création d’œuvres d’art, on ne peut réduire les œuvres si savamment étudiées au seul aspect esthétique.

Le cinétisme prend à son bord la revendication d’un art à la portée de tous et intègre la technologie de son temps. Nourri du riche contexte de l’après-guerre et de la mouvance des swinging sixties, ses motivations sont complexes. Restitue-t-il le caractère instable et changeant d’un monde qui n’est plus  immuable ? Les pionniers jouent avec l’illusion, avec un mouvement simulé par des contrastes savants de noir et blanc, des déformations ondulatoires et géométriques. Ils sondent les capacités cognitives et sensorielles du visiteur dont le regard, créateur, active l’œuvre. Le maître-mot ? La connexion visuelle avec le spectateur et la construction en dialogue. Un vrai basculement de langage qui se charge d’autres sciences en cours de route. Avec l’électricité, il intègre la lumière avec des recherches luminocinétiques qui en font un champ expérimental à l’orée du scientifique.

L’exposition trouve une mise en scène aérée et joyeuse. Elle met en avant la diversité et la richesse de l’art cinétique de bien des manières. Une aventure ludique et vibrante pour la rétine, un parcours ouvert aux recherches d’une trentaine d’artistes cardinaux. Il y a quelque chose de cosmique, de vertigineux dans cet univers. Et d’infiniment personnel dans chaque création, dans ces saturations perceptives qui déjouent notre vision, engendrent surprises et réactions. Les motifs sont soigneusement étudiés et la logique s’en dévoile lentement à nos yeux.

L’Ecole sud-américaine fournit un grand nombre d’artistes au cinétisme parisien. Séduits, ils s’exilent vers les bords de Seine dans les années 1950. Parmi eux, Jesús-Rafael Soto et Carlos Cruz-Diez. Relevons les Physichromies de ce dernier ou les Courbes immatérielles de Soto.  La poésie des œuvres d’Antonio Asis, ses vibrations, ses formes rythmiques et ses effets de moirés invitent au déplacement. Le mouvement est suggéré, ses œuvres s’animent, les couleurs s’éveillent. Carrés, cercles, rectangles se composent et se décomposent. Arrêtez-vous devant les lignes de Geneviève Claisse. Elle déforme la symétrie dans un exercice périlleux de barres verticales.

Au premier étage, quelques œuvres de Julio Le Parc, membre fondateur du GRAV (Groupe de recherche d’art visuel) retiennent l’attention et l’admiration. Un superbe travail sur la lumière, le mouvement, le trouble visuel et l’engagement physique du spectateur. Au sous-sol, par Cruz-Diez, plusieurs espaces nimbés de lumières colorées où vous serez physiquement plongé dans la couleur reconstituée par le phénomène de chromosaturation. Ajoutons à cela le ballet hypnotique des structures animées de Hugo Demarco.

Le propos et, bien entendu, les œuvres méritent toutes nos félicitations. Une exposition muséale où presque tout est à vendre. La Patinoire reste une galerie, pour le plus grand plaisir des collectionneurs.

Let’s move!
La Patinoire Royale
15 rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu’au 23 mars 2016
Du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h
www.lapatinoireroyale.com

Vue d'exposition

Vue générale d’exposition, Let’s Move!

Vue d'exposition 9

Vue d’exposition, Jesús-Rafael Soto, Let’s Move!, 2015

Vue d'exposition 4

Vue d’exposition, œuvres de Jesús-Rafael Soto et Francisco Sobrino, Let’s Move!, 2015

 

@Genevieve CLAISSE

Geneviève Claisse, Invariant rouge, 1973, exposition Let’s Move!

Vue d'exposition 2

Vue d’exposition, œuvres de Victor Vasarely et Francisco Sobrino, Let’s Move!, 2015

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