Pour cette exposition qui nous transporte vers l’an 16 du troisième millénaire, la galerie Catherine Bastide a choisi d’inviter trois artistes issus d’une vague post année 2000, frange à la fois enthousiaste et cynique de l’explosion du numérique. Cette génération, la nôtre, a vécu l’engouement émulsionnant en surface d’une bulle éphémère, celle de l’internet, sur fond d’une certaine nostalgie de la matière.

En rentrant dans la galerie, le regard est d’emblée attiré par de grandes poupées difformes qui évoquent celles de Louise Bourgeois, la grande dame de l’art du XXe. Peluches rouge sang, sorte d’intimité du corps plein, à l’opposé de l’enveloppe vide, elles sont la continuité du travail du plasticien français Renaud Jerez qui réalisa des sculptures momies, sèches et sans chair. Ici, pour l’exposition à la galerie Catherine Bastide, il est passé de l’être évidé de sa substance à celui du vivant et de l’organique. Ces poupées fantoches deviennent dès lors l’exutoire presque vaudou de nos angoisses du vide numérique, virtuel qui vampirise notre époque. Le parquet est recouvert de plaques de plexiglas transparentes typiques des métros parisiens, rappel du monde souterrain.

Dans la pièce à côté, Jason Matthew Lee présente une série de Payphone. Aux murs sont accrochés des téléphones vintage, ceux qui se trouvaient dans les gares ou les lieux publics, en métal, couverts de graffiti et auxquels on n’avait aucune envie de coller son oreille… L’artiste américain s’intéresse à la communication avant internet et aux premiers piratages ! Un système d’escroquerie basique, le Red boxing, détournait l’argent destiné à la compagnie de téléphone en émettant des tonalité identiques aux communications longue distance (un terme désormais obsolète). Ces premières tentatives de piratage sont désormais mythiques et posent la question de l’évolution incessante des virus, de la guerre entre les pro du gratuit et les apologistes du payant, etc. D’un charme obsolète indéniable, ces ready-mades en forme de téléphones sont par deux fois sabotés, une première fois par la vie urbaine (vandalisme, usure du temps), une seconde fois par l’artiste. Jason Matthew Lee expose les entrailles de l’appareil, ses câbles. Il ajoute des prothèses, une lumière néon, le tout accompagné d’un mode d’emploi des années 1960. Bref, ces totems urbains renferment le caractère complexe et subjectif de toutes les formes de communication.

Enfin, l’artiste Rosa Aiello questionne le rapport complexe entre celui qui regarde dans l’objectif et celui qui le guide. Sa vidéo A River in it est une sorte de voyage caméra à l’épaule, filmé en mode direct où l’on ressent l’emprise visuelle entre l’objectif et le regardeur. Inspirée par les romans de Samuel Beckett, l’artiste crée l’ambiguïté entre l’imaginaire et le virtuel, dans une ambiance sonore qui est une incantation, envoûtante, angoissante, pleine de vie et de mystère. Le titre de l’exposition, Embodiment (incarnation) est un mouvement d’artistes qui réinvente sa propre culture.

Embodiment : Rosa Aiello, Renaud Jerez, Jason Matthew Lee
Galerie Catherine Bastide
67 rue de la Régence
1000 Bruxelles
Jusqu’au 16 janvier 2016
www.catherinebastide.com

Renaud-Jerez-galerie-Bastide

Renaud Jerez, Courtesy Galerie Catherine Bastide, Brussels, (c) photo Isabelle Arthuis

Jason-Matthew-Lee-Galerie-Bastide

Jason Matthew Lee, Courtesy Galerie Catherine Bastide, Brussels, (c) photo Isabelle Arthuis

Jason-Matthew-Lee-Galerie-Bastide

Jason Matthew Lee, Courtesy Galerie Catherine Bastide, Brussels, (c) photo Isabelle Arthuis

Vue-de-l-expo-galerie-Bastide

Vue de l’exposition, Courtesy Galerie Catherine Bastide, Brussels, (c) photo Isabelle Arthuis

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.