Marcel Delmotte, L’Industrie, huile sur panneau (Isorel), signé et daté 1964, 92 x 122 cm, lot 272, estimation 1.500-2.000 euros, vente du 15 décembre chez Ba-auctions – www.ba-auctions.com

Une cinquantaine d’œuvres de Marcel Delmotte (1901-1984) seront proposées aux enchères le 15 décembre par la maison bruxelloise BA-auctions, en même temps que 90 autres lots. Parmi ceux-ci, on relèvera une Mère et enfant au jardin d’Anto Carte et un très beau paysage brabançon de Brusselmans, mais aussi des toiles de maîtres anciens, des objets de collection, des meubles, des pièces asiatiques, romaines ou précolombiennes. L’ensemble de Delmotte compte aussi bien des portraits (un clown, une femme aux tresses démesurées, un mineur encore enduit de suie, un Borain au visage buriné, etc.), des scènes de la vie du Christ (une Piéta inspirée des maîtres anciens) mais aussi des Vieilles prêtes à disparaître dans le brouillard qui les guette. Les paysages fantastiques (comme cet énigmatique Paysage industriel – Pays noir peuplé de câbles, de pylônes et de tours, éclairé de quelques nuées d’étoiles) voisinent avec des natures mortes décalées (un plat de poisson prêt à prendre le large ou une corbeille de fruits dans une position bancale).

De grandes scènes pas si absurdes qu’il n’y paraît sont également au rendez-vous comme ce Siècle des grands dans lequel des géants dont les corps débordent du cadre comme s’ils avaient goûté du champignon d’Alice au Pays des Merveilles, côtoient deux personnages qui ne sont normaux qu’au premier regard. L’un, évoquant vaguement un arlequin, porte un masque à l’envers, l’autre, nu comme un ver, tente de s’enfuir à moins qu’il ne soit en passe d’être englouti… Toute logique a basculé. Tous les repères habituels sont balayés. L’artiste s’interroge sur l’humain et sur l’évolution de l’humanité. Ces interrogations occuperont toute sa carrière. Pour se plonger dans cet univers très mystérieux, le spectateur doit surmonter ses déterminations personnelles au risque d’être pulvérisé par la remise en question de sa propre existence.

Cet univers visuel particulier découle d’un mix d’influences, de la Pittura Metafisica italienne, de la Nouvelle Objectivité en France et du Magischer Realismus en Allemagne. Comme on l’a vu, les sujets mythologiques, la Bible et la Divine Comédie lui servent d’inspiration tout comme les machines, les usines ou autres réminiscences symbolistes liées à son Pays Noir natal. Son art est à la fois classicisant et empreint d’une dimension fantasmagorique : les paysages deviennent lunaires, l’architecture futuriste et les personnages aliénés, comme perdus dans d’absurdes perspectives. C’est le monde de la machine et de l’industrialisation qui imprègne sa grise Industrie (lot 272) où la fumée se mêle à un dédale piranésien dont les plans sont démultipliés sens dessus dessous.

272 Delmotte (757x1024)

Marcel Delmotte, L’Industrie, 1964, AB-Auctions

 

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