Il y a tout juste 500 ans, en 1515, une épidémie décime la population de Mons. Au couvent des Sœurs Noires, dont les religieuses s’occupent des pestiférés, 15 des 25 sœurs mourront de la peste. Cette année 2015, il fut demandé à Charley Case de travailler sur ce sujet et d’investir le cloître et la chapelle du couvent de ses œuvres.

Ce qui occupe Case, c’est l’humain. L’humain dont le sang pulse dans les veines, l’humain relié aux autres et surtout l’humain-racine, relié à la terre, ce grand Tout dont nous sommes tous issus. Dessinateur, graveur, vidéaste, il explore ce long rhizome qu’est chaque homme, chaque femme, le mettant en lien encore et toujours avec ce qui l’entoure. Cette vision ou cette philosophie, l’artiste l’a nourrie au fil de ses très nombreux voyages et de ses choix de vie. Une belle cohérence entre ses créations et lui-même, qui ajoute du sens et de la profondeur à chacune de ses propositions.

Dès l’entrée, une immense gravure sur bois, Memento, est posée sur le sol comme un plancher. Y sont entremêlés de nombreux corps de femmes. Ce sont les chanteuses de la compagnie Patshiva qui ont posé nues. L’artiste a saupoudré de farine les corps placés en spirale qui furent ensuite imprimés. Ensuite, cette farine fut balayée, laissant en place uniquement la trace des corps. L’artiste a marqué le bois à la disqueuse, en une somptueuse fresque gravée, hommage aux corps souffrants… sur lequel on doit marcher. Le visiteur foule les corps meurtris mais il prend aussi un peu part à la scène, il s’y intègre. Cette matrice en réserve sera imprimée en un seul exemplaire, à la technique du tampon.

En allant vers la chapelle, La belle endormie est un corps de femme dont la colonne vertébrale est un lierre grimpant. Plus loin, une veste blanche, trouvée sur place, sert d’écran à une vidéo projetée, présentant des corps de femmes enchâssés, évoquant un épi de blé ou une épine dorsale, tremblotante sur le tissu blanc. Dans la chapelle, Cristal-birth est une petite maison en forme de cristal, dans laquelle on peut pénétrer. Sur ses parois sont projetées les images fantasmées d’une naissance : deux jambes de femme, d’où émerge un jeune garçon en position fœtale. On peut s’installer à l’intérieur et, en levant la tête, admirer les arches du plafond de la chapelle.

Sur un côté du cloître, six gravures à la pointe sèche, Six transis, se déroulent au fil des corps, en un grand ensemble qui semble avoir sa vie propre. On y voit des muscles, des veines, des pieds, des mains, des têtes, mais certaines formes sont des végétaux, ont pris racine. Comme si tout était dans tout : l’humain dans la nature, la nature dans l’humain et l’ensemble un grand enchevêtrement à la fois douloureux et serein.

« Ce qui m’a plu dans ce projet, explique Charley Case, c’est que l’art retrouve ici sa fonction primordiale, celle de raviver la mémoire. » Une mémoire douloureuse, celle de corps souffrants, dont l’artiste s’est emparé pour la transcender et nous en offrir une vision à la fois précise, poétique et soignante.

Charley Case
De Corpore
Ateliers des FUCaM
2 rue des Sœurs Noires
7000 Mons
Jusqu’au 10 janvier 2016
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
http://uclouvain.be/505763.html

Charley Case, La Belle endormie, photo Charley Case

Charley Case, La Belle endormie, photo Charley Case

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Charley Case, Epi, photo Charley Case

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Charley Case, Memento, détail, photo Charley Case

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Charley Case, Dôme de la Mémoire, photo Charley Case

Charley Case, Cristal-birth, photo Charley Case

Charley Case, Cristal-birth, photo Charley Case

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Charley Case, Cristal-birth, photo Charley Case

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Charley Case, Six Transis II, photo Charley Case

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Charley Case, Six Transis, photo Charley Case

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Charley Case, Corps-monde photo Charley Case

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