Blaise Cendrars & Sonia Delaunay, La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France, Paris, 1913, édition originale, exemplaire sur simili japon numéroté et signé, estimation 200-300.000 euros, lot 146, vente du 11 décembre PBA-Sotheby’s, Paris. © Pierre Bergé & associés 2015

Pierre Bergé n’a pas fini de nous étonner. Après avoir réalisé « la vente la plus chère jamais réalisée en Europe » en 2009 lors de la dispersion de la collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, et tout dernièrement celle de leur collection d’art islamique, le voilà qui met aux enchères une première partie de sa bibliothèque personnelle. Cette vacation organisée par PBA en association avec Sotheby’s se tiendra le vendredi 11 décembre 2015 à Paris en l’hôtel Drouot. La vente a tout de l’événement exceptionnel tant sa bibliothèque recèle de trésors.

Bibliophile, amoureux des livres qui l’entourent depuis plus de 40 ans, Pierre Bergé est, comme l’écrit Antoine Compagnon, d’abord un homme du livre avant ses nombreuses entreprises couronnées de succès. Le livre est resté son jardin intérieur et sa majestueuse bibliothèque est le reflet d’une passion dévorante. Composée de quelque 1.600 livres, partitions musicales et manuscrits précieux du XVe au XXe siècles, elle raconte l’histoire de sa propre vie, celle de sa jeunesse puis de sa maturité avec ses coups de cœur mais aussi ses regrets. Personnelle, elle fait la part belle à certaines périodes – la Renaissance, le XIXe français, l’année 1913 – et à certains auteurs parmi lesquels Apollinaire, Breton, Gide, Cocteau mais surtout Flaubert, « le plus grand écrivain » dont il possède un exceptionnel manuscrit autographe de 1869 de L’Education sentimentale (lot 91, estimation 400-600.000 euros). Ce lot ainsi que 187 autres constituent la première salve de cette vente qui s’apparente à un véritable florilège littéraire, depuis l’édition princeps des Confessions de saint Augustin, imprimée à Strasbourg vers 1470 (lot 1, 150-200.000 euros) au Scrap Book 3 de William Burroughs en 1979 (lot 188, 15-20.000 euros).

Parmi les musts de ce rendez-vous, on peut citer le précieux et rarissime recueil des Euvres de Labé de 1555 (lot 14, estimation 300-400.000 euros) ou le manuscrit autographe du chef-d’œuvre d’André Breton Nadja (1927-28, lot 166, estimation 2.500.000-3.500.000 euros) et pour l’histoire du livre et de la peinture moderne, un de ses plus extraordinaires incunables : La Prose du Transsibérien. Magnifique livre-objet réalisé simultanément par Blaise Cendrars et Sonia Delaunay, il se déplie comme une carte de géographie de deux mètres. La grande composition abstraite de la peintre accompagne un voyage imaginaire entre Moscou et Kharbin, comme le déroulé d’un film. Ce poème tableau considéré aujourd’hui comme un chef-d’œuvre de l’avant-garde artistique de 1913, fut à l’époque un profond échec commercial. Cet exemplaire dont les couleurs ont gardé toute leur fraîcheur porte en outre une dédicace bouleversante, témoignant des traumatismes de la guerre subis par Cendrars qui fut amputé de la main droite.

LOT 146 -CENDRARS DELAUNAY

Cendrars – Delaunay, La Prose du Transsibérien, (c) Pierre Bergé et associés 2015

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